" L'École Mutuelle "

L'Enseignement Mutuel fut la grande innovation pédagogique de la Restauration( 1814-1830 ). Son initiateur fut l'anglais Joseph Lancaster. Il ouvre une école en 1798. Elle franchit la Manche. Elle est adaptée à l'esprit français par la Société pour l'Instruction Élémentaire, créée à Paris durant les Cent Jours.
De plus, la restauration allait favoriser l'expansion de la nouvelle méthode pédagogique. L'ordonnance royale du 29 février 1816 ne fait pas cas de l'enseignement mutuel , mais la
commission de l'Instruction publique l'autorise dans les écoles primaires le 17 juin 1816.
Ce système substitue l'élève au maître, ou plus exactement fait participer certains élèves avancés, les moniteurs, à la tâche d'enseignement.
Ainsi, les moniteurs se partagent les élèves et sous le commandement, parfaitement codifié du maître ( le magister ), ils enseignent l'un la lecture, l'autre l'écriture, un enfin le calcul. Les écoles mutuelles se caractérisent enfin par le très grande nombre d'élèves qu'elles peuvent accueillir ensemble. De 1816 à 1820, ces établissements remportent un franc succès et bénéficiaient des encouragements des ministres de l'Intérieur Lainé et Decazes. Le maître devait avoir de l'autorité sur les enfants mais aussi sur les moniteurs. L'autorité du maître était comparée à celle d'un capitaine sur son bâtiment. La méthode mutuelle, selon ses partisans, coûterait moins cher que l'enseignement simultané, car le matériel est simple et surtout parce qu'elle demande moins de maîtres. Les écoles mutuelles s'installent donc dans les églises ou couvents désaffectés.
On peut constater que c'est aux villes que le mode mutuel s'appliquait le mieux et qu'il n'y eut aucune véritable école rurale : dans une France encore largement compagnarde, cet enseignement conçu pour les masses urbaines avait ses visibles limites. En 1853, la méthode qui a perdu de nombreux partisans est officiellement abandonnée en France.
La création de l'école mutuelle à Guingamp a lieu en 1819."Plusieurs pères de familles et autres citoyens souscripteurs" désirent voir à Guigamp, l'établissement d'une école d'enseignement mutuel. Le sous-préfet, président de cette société de souscription, se fait le porte-parole auprès du maire pour obtenir un local qui pouvait être un appartement dans les anciens bâtiments des Ursulines,
une partie ayant déjà été transformée en caserne. Le maire de Carne est réticent, mais s'en remet à la décision du nouveau Préfet de Saint Aignan, celui-ci nommé le 9 janvier 1919, se pose d'emblée en partisan convaincu du système mutuel. Le maire lui fait remarquer les inconvénients de l'aménagement de l'école dans la caserne: "cet établissement peuplé d'un grand nombre d'enfants éprouvera peut-être des dégradations considérables, et dont je ne veux répondre aucunement". Son appréhension est liée à des difficultés financières rencontrées par la ville ( dettes, paralysie des finances ). Le maire est suffisamment informé pour savoir qu'une école mutuelle est appelée à recevoir de nombreux élèves, d'où la crainte des dégradations.
Malgré tout, l'école mutuelle s'ouvre le 12 mai 1819 dans un local dépendant de la caserne. Elle est entièrement financée par la société des souscripteurs. La même année, d'autres établissements de ce type voient le jour dans le département.
L'école mutuelle connait rapidement un grand succès mais bientôt il faut déchanter. En effet, l'école n'accueille plus que 62 garçons en avril 1821 contre 150 lors de son ouverture un an plus tôt. Depuis octobre 1820, l'effectif des élèves connait une chute régulière qui se poursuit jusqu'en janvier 1822. Une semaine avant le jour anniversaire, la commission écrit au préfet :"L'école tombe infailliblement. Quelques mois plus tard, l'établissement doit même fermer ses portes, faute d'élèves suffisants. Il se trouve qu'un nouvel établissement scolaire existe depuis peu, il est entré entre les mains du clergé. Les fidèles montrent rapidement leur nette préférence pour l'école de Dieu.....


Relancée par les libéraux après la Révolution de 1830, l'école est installée dans la chapelle Saint Yves en 1831, on décide son transfert dès l'année suivante, malgré les réparations coûteuses qui ont été entreprises; le monastère étant appelé à disparaître. La réouverture du collège offre une solution.
Avec seulement 39 élèves en 1831, le collège se porte mal, d'autant plus que la ville vient de lui supprimer les fonds qu'elle lui versait annuellement, compte tenu du triste état de ses finances. Très vite, l'établissement s'asphyxie et ferme ses portes. A peine nommé, le conseil municipal revient sur sa position et décide la réouverture de l'établissement secondaire en mai 1832. Il est convaincu de la nécessité d'avoir dans une ville de 6000 âmes un bon collège qui peut non seulement être utile à l'instruction des enfants de la commune mais encore rendre service à tous les jeunes gens de l'arrondissement. L'école primaire est installée dans les locaux du collège pour qu'elle puisse bénéficier de la surveillance du Principal. La ville souhaite voir ainsi établir à Guingamp un seul et unique complexe scolaire communal destiné à l'instruction des garçons.



CONCLUSION
1833 : Logée au Collège mais elle demeure l'école élémentaire.
Vers 1880 : l'école mutuelle est complètement intégrée au Collège. Les élèves du Collège de Guingamp font office de moniteurs.
L'école mutuelle est abandonnée définitivement en France en 1853 mais elle perdurera à Guingamp jusqu'aux années 1880 comme une méthode dans l'enseignement primaire.