La fête

 

A la sortie de la mairie se trouvaient des marchands de cocardes (des forains). Les jeunes en achetaient suivant leurs moyens et les accrochaient à leur veste ou à leur casquette.

Il en existait de différentes sortes : des rondes avec des rubans, d'autres où étaient inscrites l'année ou la classe, ou encore "bon pour les filles ", "bon pour le service" ou "BON".

La plupart souffrait de la fête mais celles qui en réchappaient étaient mises sous cadre et étaient sacrées. Pour immortaliser l'évènement, les conscrits se faisaient photographier. La disposition du groupe était toujours la même : deux ou trois rangs formés autour du plus jeune qui portait le drapeau. Certains, pour avoir un souvenir plus personnel étaient pris individuellement ou en compagnie d'un ou deux camarades. Fiers de leur promotion récente, ils prenaient une attitude martiale.

 

Après avoir fait la tournée des bistrots de Mûr, ils s'en retournaient en braillant vers leur commune d'origine. Ils étaient attendus impatiemment par leurs parents, leurs proches et tous les curieux du voisinage.

A St-Guen, les conscrits et leurs pères allaient manger au restaurant (jeunes et vieux séparés). Suite à un repas copieux, ils allaient tous organiser des jeux de force, laissant leurs pères se reposer, récupérer de leur grande émotion. Une de ces épreuves (à St-Aignan) consistait à soulever une très lourde pierre et à la lancer par dessus une barrière. Mais le manque de réussite de certains incita les propriétaires du champ à enterrer le "projectile", afin d'éviter de nouveaux dégâts.

Dans d'autres communes, il s'agissait de soulever un sac de blé (une "pochée") pesant 70 à 100 kilos ou un essieu de charrette. Il y avait aussi le jeu du "court-bâton" : deux personnes s'assoient face à face, pieds contre pieds, tenant un même bâton à deux mains ; le but de l'exercice est de décoller les fesses de l'adversaire ou de lui faire lâcher prise.

La plupart du temps, les refusés participaient à tous ces jeux pour montrer qu'ils étaient aussi forts que les admis.