Les conscrits et les autres

Pendant quelques jours, la communauté accordait aux jeunes une tolérance beaucoup plus grande car tout le monde était fier d'eux.

Les parents étaient heureux et soulagés de savoir que leur fils devenait un homme. Celui-ci recevait d'ailleurs de l'argent de toute la parenté et de son parrain pour faire le fête.

Les gendarmes fermaient les yeux sur les bêtises et les victimes essayaient de ne pas trop se plaindre. (Même si c'est surprenant de retrouver sa charrette dans son grenier...).

Par contre la rivalité entre communes provoquait des bagarres. Elles étaient en général assez anodines : quelques "pocks" ou des yeux au beurre noir. Mais les jeunes de la classe 28 de Saint-Guen furent une exception ; ils avaient provoqué les mûrois ; ceux-ci appelèrent en renfort les ouvriers travaillant à la construction du barrage dont la majorité était composé d'italiens. Tous ensemble, ils allèrent à Saint-Guen et attendirent à la porte du restaurant, armé de chevrons. Cette bagarre fut terrible. L'un de nos informateurs nous a affirmé qu'il y avait eu un mort : coincé dans le caniveau, celui-ci fut tassé à coup de pieds. (Après vérification à la mairie, nous n'avons trouvé aucune trace de décès). Plus de cent gars auraient participé à cette grande mêlée et seul le maire, Jean Marie Boscher, réussit à faire cesser le pugilat.

Ces deux ou trois jours restaient gravés dans les mémoires. Les conscrits se souviennent de la fête qu'ils ont menée. Certains avaient pourtant du mal à finir, tel ce jeune homme qui termina dans une brouette poussée par ses camarades plus résistants.

Les villageois se rappellent du passage des fêtards. Les souvenirs sont souvent très précis : telle classe a fait ... telle autre a été....

La circonscription était vraiment très importante dans la vie d'un jeune homme à l'époque.