La vie
romanesque du
Général Boishardy

NOUVELLE HISTORIQUE


par :
Vanessa, Agathe, Nina, Charlotte, Frédéric, Virginie, Cécile, Sébastien, Emmanuel, Thomas, Chloé, Delphine, Maël, Laëtitia, Justine, Johann, Gurvan, Yann, Fanny, Mathieu, Amelyne, Djellali, Nolwenn, Angélique, Anna, Ekatérina.



Je suis inquiet... Ce chemin que je foule me paraît interminable...

Le ciel est gris comme mon coeur, à l'image de mon humeur tourmentée. J'ai peur pour Joséphine, restée seule là-bas. Est-elle en danger ? Je crains le pire, car les bleus sont partout ! En ce moment ils arrivent à la Chapelle SAINT-MALO. C'est un piège, un traquenard… Un guet-apens ! Moi BOISHARDY, j'ai laissé ma troupe de chouans à BRÉHAND.

Comment s'en sortent-ils à cette heure ? Je l'ignore. Je ne sais même pas si mes hommes, mes cinq fidèles camarades ont pu échapper à nos poursuivants. J'espère qu'ils ne sont pas prisonniers... Nous voilà tous dispersés, sans nouvelles. Tout cela par la faute de
ce satané
Charles, ce traître que j'avais pourtant recueilli, alors qu'il se prétendait déserteur.

Pour me remercier, il me trahit.
Cela ne peut venir que de lui.
Personne d'autre ne connaissait ma
cachette.
Il m'a dénoncé aux bleus, l'ingrat, le lâche ! Plus j'avance sur ce chemin, plus j'enrage. S'il arrivait malheur à Joséphine...
Ah Joséphine... Te rappelles-tu nos jours heureux ? Qu'en reste-t-il à présent ? Lorsque nous étions ensemble, tout nous paraissait plus facile ! Ma bien-aimée je te revois en rêve. Lorsque je t'ai aperçue pour la première fois, sortant du manoir de ta mère à La VILLE-LOUËT, tu rayonnais comme un soleil. Je me souviens de toi comme d'une sorte d'apparition fugace, si belle dans ta robe décolletée. Nul besoin de fermer mes yeux pour revivre cet instant-là.

Soldat bleu..

Je te regarde, médusé. Mon coeur devient fou. Il palpite comme un cheval au galop. Je suis dans un état second, en extase, révolutionné.
J'oublie un instant que je viens d'être nommé ton tuteur officiel. Je n'y pense plus, tellement tu me troubles. J'oublie que ton père est mort, j'oublie que tu n'as pas seize ans et que j'atteins la trentaine... Non, je ne vois plus rien d'autre qu'une femme pleine de charme, attirante et douce comme une biche.
Ton nez, dont tout le monde se moque, n'est pas pour moi si épaté. Au contraire je le trouve à la fois mignon, attendrissant et majestueux : je l'adore tout comme je t'adore, toi tout entière !

"BOISHARDY ! BOISHARDY !
Qui me parle sur ce chemin ? Me voilà sorti brutalement de ma rêverie...

-
BOISHARDY ! N'y va pas ! LE BORGNE a été pris !

-
LE BORGNE ? Mon plus fidèle domestique ? Que s'est-il donc passé ?

- Oui... Oui... Tout près d'ici ! Au Petit Chêne... Il te cherchait... Les bleus lui sont tombés dessus... J'en ai compté des dizaines ! Des chiens enragés, assoiffés de sang ! La haine débordait de  leurs  yeux ! Fais ce que tu veux mais moi, je déguerpis !

Lui aussi, il m'abandonne. Il saute de fossé en fossé pour sauver sa peau ! Il se cachera certainement dans les fougères ! Il court dans la lande comme pour la prise d'armes de BREHAND ! Quelle bataille, quand j'y songe...
Ce 23 mars 1793 - 1ère année de l'ère de la République - la destinée nous
offrit de bien meilleurs auspices.
Mon compagnon courait aussi vite, oui, mais vers la victoire !

Nous avions tous jeté nos cocardes tricolores pour la gloire de Dieu ! Nous étions rebelles, invincibles, solidaires comme les doigts d'une main ! A notre cri de ralliement - le fameux "chat huant"- nous nous regroupions tous comme des félins, prêts à bondir sur nos proies.
Ah, la belle époque ! Nos cœurs étaient volontaires, au service de feu notre roi vénéré Louis XVI, l'élu de Dieu. Nous exigions de rester catholiques,

malgré la déchristianisation débutée en hiver 1793... Tant de prêtres refusèrent de prêter serment à la Constitution et furent déportés en Guyane; tant de frères  réfractaires, persécutés et niés dans leur foi ! Nous refusions d'aller combattre contre l'Autriche et la Prusse. Nous refusions la levée des 300.000 hommes,

décidée par la Convention - cette assemblée d'abrutis qui traite les bretons comme des paysans arriérés, des têtes de mule, des sauvages sans cervelle ! Alors que pendant ce temps nous crevions de faim, de MONCONTOUR à PLEDELIAC, en passant par le VAU JAUNE, POMMERET ou HENON. La famine, les impôts exorbitants, les mauvaises récoltes, les crues,                       

Suite de la nouvelle

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