La sortie

Nous sommes sur la route, six, pas un de plus : Francis, Marcel, Maryvonne, Paulette, Jeanne et moi Simon, fils de fermier. Tous les matins, nous faisons le chemin ensemble. Personne ne peut casser l'amitié qui nous soude. Les trois kilomètres ne me font pas peur ; la seule chose  que j'appréhende est d'être en retenue le soir, non pas de rester avec le maître, mais rien que de penser à la bastonnade qui m'attend à la maison... tout ça pour l'honneur de la famille ! Mes parents me frappaient pour avoir été retenu le soir. A l'entrée de l'école, la bande de Jean-Marie nous attend pour nous dire qu'après l'école, une nouvelle guéguerre aura lieu une fois de plus.
Le maître siffle l'entrée en classe
: nous avançons deux par deux, en rangs serrés comme des patates pour ne faire que deux rangées. Les tables nous attendent. Les premiers rentrés ont beaucoup de chance parce qu'ils s'installent à côté du poêle : à cause du froid de canard, nous avons les mains gelées !
Comme tous les matins
, nous commençons par une nouvelle morale. Mon porte-plume est assez joli, comparé à celui de mon voisin de gauche, Jean, qui est fils de bûcheron. Mais bien sûr, la plus belle écriture est celle d'une fille, Joséphine, qui a appris grâce aux conseils de son père qui est le seul médecin dans un rayon de cinquante kilomètres à la ronde. A la récré, je joue aux billes avec Jeanne, Jean-René et Paulette. Hélas ! Aujourd'hui ce n'est pas mon jour de chance, puisque j'ai gagné deux billes mais j'en ai perdu cinq. La toupie est mon jeu préféré parce que je suis le meilleur. Les filles font de la corde à sauter comme des sauterelles. Après la récréation, le pauvre Jacques qui s'est battu avec Charles pour l'avoir traité de tricheur, dans la course d'escargot qu'ils organisent chaque semaine, a été mis face à la classe avec une règle sous les genoux et deux gros bouquins dans chaque main :
il a dû tenir pendant quinze minutes mais il avait l'habitude parce qu'il est le souffre
-douleur du maître.
La matinée me semble longue. Heureusement que le déjeun
er était là ! Dans la cantine le repas est assez banal : une soupe chaude aux oignons, un morceau de pain et un œuf que nous devons amener de chez nous, sinon nous nous faisons disputer par le maître. Ensuite, une petite récréation qui est l'occasion de grimper à la corde ou un jeu de marelle pour les filles. Puis le coup de sifflet retentit : dans la classe, les cours d'arithmétiques, de français et de géographie s'enchaînent. Enfin, la journée d'école est finie. A la sortie, Jean-Marie et sa bande nous attendent avec leurs pétoires : sans plus attendre, nous les imitons. Après une longue bataille, les bleus se font sentir et les genoux saignent. Le chemin du retour se fait sans plus d'incidents. Juste trois kilomètres pour retrouver la ferme et les tâches quotidiennes, c'est-à-dire faire paître les vaches, les nourrir et les traire.