Désiré revient

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Durant tout le mois d'octobre ma tante espérait que son fils Constant obtienne une permission pour les travaux pénibles. Hélas ! Il n'est pas revenu. Mais depuis deux jours l'espoir renaît : c'est son fils Désiré qui va arriver ; il l'a confirmé dans sa lettre du 1er novembre. Dès qu'elle a reçu la nouvelle, elle m'a prévenu et je suis à la Hartelois depuis hier après-midi. Ce matin, vendredi 3 novembre, à peine les six coups sonnés, c'est le branle-bas dans la maison, à tâtons parce qu'il fait encore nuit. Ma tante se lève la première et allume la bougie. Je me lève aussi et chacun part à ses occupations : ma tante va traire ses vaches et les soigner ($) ; moi, je m'occupe des cochons et du cheval. A sept heures, l'ouvrage ($) est terminé, nous revenons à la maison. Il est temps de manger. Ma tante fait chauffer la soupe de pain, je sors les écuelles, elle sert son mari alité et nous déjeunons.

Puis nous nous habillons, comme pour la foire de Saint-Méen. A huit heures, le cheval est attelé et nous partons à la gare de Merdrignac chercher Désiré.

Nous arrivons bien avant le passage du fameux train qui doit ramener notre permissionnaire. Que c'est long d'attendre ! Nous arpentons le quai en silence. Une sonnerie retentit dans la gare : c'est notre train qui est annoncé. Nous regardons fixement vers la Brohinière. Que le temps nous semble long ! Et si Désiré n'était pas dans ce convoi ? Notre cœur bat très fort !

Bientôt un panache de vapeur blanche apparaît là-bas, à l'horizon, à la sortie du virage. C'est le train ! Peu à peu il ralentit dans un cliquetis de ferraille et s'arrête juste devant nous. Le chef de gare ouvre les portes des wagons. Personne ne sort : nouvelle angoisse !

Tout à coup, dans le dernier wagon, une silhouette se profile ; c'est un soldat, c'est Désiré ! Nous allons à sa rencontre. Ma tante Marie est très émue mais ne le montre pas. Elle embrasse simplement son fils. Nous montons dans la charrette et nous rentrons sans parler : le travail nous attend. Je suis déçu. J'aurais tant voulu que Désiré me parle du front. Je n'ose pas lui poser de question. Peut-être qu'au cours de sa permission, il me parlera de sa vie, là-bas, dans les tranchées.

 

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Visite de la maison de Marie

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Bibliographie