L'ANCIENNE EGLISE PAROISSIALE

Le Dossier complet établi en 1872 et 1873 par l'ar­chitecte BIGOT relatif à l'ancienne église romane (avec ajouts gothiques) est resté inédit.  Les renseignements ont été commu­niqués à M. KERVRAN par Mr le Chanoine LE FLOCH, archiviste de l'évêché de Cornouaille et du Léon ainsi que Monseigneur Vin­cent FAVE, ancien évêque auxiliaire de Quimper, qui fut vicaire à SCAER.

Au-dessus de l'Isole, au sommet d'un coteau culmi­nant à 176 mètres d'altitude s'élève l'Eglise néo-romane du bourg de SCAER édifiée entre le mois de Juillet 1873 et le mois de Juillet 1874, suivant les plans établis par l'archi­tecte diocésain Joseph BIGOT, par l'Entreprise JASSIS de CHATEAULIN, à la demande du Maire, Henri LE BIHAN et du conseil de fabrique présidé par le curé de SCAER Joseph BILLON.

C'est à un véritable massacre d'un ensemble archi­tectural, hétérogène certes, mais néanmoins caractéristique de l'art roman de la fin du XIème siècle ou début du XIIème, où virent s'ajouter au XVème siècle, divers éléments gothiques et un clocher du XVIIIème siècle, transféré en 1892 à GUISCRIFF et coiffant aujourd'hui l'Eglise paroissiale de cette commune.

Cette démolition inconsidérée, due à l'acharnement du Curé Joseph BILLON, a privé notre patrimoine d'un bel édifice roman original avec ses massifs piliers rectangulaires adornés de fines colonnes, sur les faces les plus étroites, surmontés de splendides chapiteaux à motifs géométriques enchâssés entre deux corbelets disposition rare en Bretagne.

Ainsi que nous le verrons par le suite, l'architecte BIGOT souhaitait conserver la partie romane de l'Eglise de SCAER, mais il dut se plier aux pressions exercées par le clergé local et la Municipalité.

 

Piliers, colonnes, chapiteaux, fenêtres-meurtrières tout a disparu, même l'élégant porche gothique du XVème siècle fut livré aux démolisseurs.  On ignore toujours si les vingt deux chapiteaux et colonnes ont été réduits en morceaux réemp­loyés ailleurs ou vendus à des particuliers nul document n'en faisant mention.

 

Le 13 Avril 1872, M. Henri LE BIHAN (Maire de SCAER de mai 1862 à février 1876) fait part à l'architecte du diocèse de l'état dangereux de l'Eglise "les murs se crevas­sant, la charpente fait entendre des craquements répétés et des pièces de bois menacent de tomber ainsi que des pierres".  Trois mois à peine après, le 1er Juillet, le conseil de fabrique écrit au Préfet du Finistère afin de l'informer de la menace pesant sur les paroissiens de SCAER et sollicite une expertise et la reconstruction de l'église.

Les fabriciens semblaient ignorer que l'architecte diocésain s’était déjà rendu à SCAER, le 17 Avril et du le 23 du même mois, le curé BILLON avait déjà reçu un premier rapport alarmant de BIGOT.

Ce premier rapport établi le 20 Avril édifiant quant à l'état déplorable de la partie l'édifice, de la charpente et de la couverture.

"Les tirants des maîtresses fermes de pourris dans leur portée sur les murs; la prise principales de la charpentes parait n'être que de 0,04 à 0,05 (4 à 5 centimètres).  Les sablières sculptées entre ces tirants tiennent à peine parce que l'emboîtement de leurs tenons est devenu presque nul par l'état vermoulu de ces bois.  Pour rete­nir momentanément quelques unes de ces sablières, ont a pointé des tasseaux qui sont trop faibles... les tenons de ces sabli­ères seraient de 0,01 à 0,02 (1 à 2 centimètres)" ... ... Les fermes maîtresses des bas-côtés sont également vermoulues.  Elles sont devenues insuffisantes pour supporter les pannes-chevrons de couverture.  C'est ainsi qu'il existe une très grande cavité dans le toit du côté sud par suite d'un affaissement qui parait récent .... du côté nord, les fermes sont déversées.  Elles paraissent depuis longtemps s'être écar­tées du mur de la nef.  Afin d'en supporter les tirants, on a placé de faibles jambettes pattes-fiches contre le mur.  A l'endroit de ces pattes-fiches, les jambettes se sont voilées et la partie supérieure a subi une inclinaison vers l'exté­rieur.  En examinant attentivement l'état de ces fermes ont est étonné qu'elles soit encore en place... !!! .... En général, toute la charpente parait pourrie et vermou­lue dans cette église dont la nef remonte au XIlème siècle et le porche au XVème.  Les bas côtés reconstruits et chapelles datent de la fin du XVIème siècle, sauf le bas côtés nord et l'abside qui ont été faits à des dates modernes; le clocher a le caractère du XVIIIème siècle". (Ce clocher avait été cons­truit en 1789)

" Ainsi, les parties de cette église sont incohérentes de style.  Il n'y a que la nef qui soit intéressante par son cachet ancien qui embrasse cinq arcades de chaque côté.  Ces

arcades à plein cintre surhaussé reposent sur des piliers mas­sifs (huit de 1 m 20 x 0 m 93 et deux situés près du transept de 1 m 66 x 0 m 93) encadrées (encadrant) à chaque extrémité par une colonnette centrale engagée dont les chapiteaux sculp­tés grossièrement sont accompagnés de corbeaux très simples (voir les croquis de Bigot).  Les bases des colonnettes sont presque entièrement enfoncées dans le dallage (Bigot en a ce­pendant représenté deux à la partie supérieure gauche de la page de croquis sur laquelle il a relevé le dessin de quelques

chapiteaux.

" La toiture du porche et des deux sacristies (construites ainsi que l'abside au début du XIXème siècle) est ruinée par vétusté.  La maçonnerie est également en mauvais état général, près le porche.  Une partie du mur du bas côté (façade sud) est tombée et dédoublée.  Cette maçonnerie cède sous l'influence d'un vide qui parait être dans les fondations (Nota :l'ancienne Eglise de SCAER était plus au nord que l’actuelle)le cimetière se développant au sud de l'Eglise et derrière l'abside; en outre, l’édifice actuel a été déplacé vers l'est d'une quinzaine de mètres par rapport à la situation de l'an­cien, ce qui eut, pour conséquence, de voir de 1891 à 1892 deux clochers l'un à côté de l'autre, séparés de quelques mè­tres seulement, jusqu'à ce que l'ancienne flèche soit démontée et transportée à GUISCRIFF;

"Le mur des arcades (côté chœur) présente du même côté (Sud) un déversement ... La première arcade ogivale dans le haut de l'église est en ZIG!  ZAC! (sic).  Cet état parait ancien, mais sa résistance étonne tant est grande sa défectuosité dont l'aspect, vu de profil, inspire un danger.

L'aiguille du pignon Est est ondulée et déversée sans cependant faire naître la présence d'un danger.  Des deux côtés les murs de la nef  sont crevassés.  Le pignon et les deux murs de la Chapelle Nord ont travaillé et présentent des lézardes.  Des fissures existent dans presque toute l'église.  Dans l'abside, les murs sont crevassés en quelques endroits bien qu'ils semblent à peu près d'aplomb".

... A l'intérieur, les murs sont verdâtres dans beaucoup d'en­droits par l'humidité qui y règle.

Des sections d'enduits sont tombées.  La mousse y pousse.  La boiserie des sacristies est complètement pourrie. Tout le lambris de l'Eglise est ruiné" ....

Tout le dallage est tellement ruiné qu'il présente un dan­ger dans les trous dont il est parsemé. Le clocher seul est bien conservé et parait solide.

(Sa flèche sera d'ailleurs conservée jusqu'en 1892, année où elle sera démontée et vendue à la fabrique de Guiscriff qui la remontera sur son église paroissiale)

Le bilan établi par Bigot est navrant et il conclut par ces mots "En résumé, s'il fallait absolument conserver cette Eglise, il faudrait refaire toute sa charpente vermoulue, lambris, toiture, dallage et une assez grande partie des murs.

Ce constat désolant concerne la seule partie gothique édifiée à la fin du 16ême siècle, la charpente et la toiture. Bigot, dans ce succinct et précis rapport d'expertise, ne s'est attaché qu’à l'examen des parties malades de l'édifice, sans formuler d'opinion sur les parties saines qui, dans son esprit, devaient naturellement être conservées en l'état ou tout au plus recevoir quelques attentifs soins de restauration

A la lecture du rapport de l'expert désigné par le préfet

du Finistère et l'évêché, le curé de SCAER jubile.  Dans une correspondance logorrhéique, il presse ses supérieurs et l'ar­chitecte de mettre immédiatement à bas cette église pleine de dangers et de construire dans les délais les plus brefs une vaste et belle église, néo-romane ou néo-gothique, peu lui chaut, dans l'instant qu'un édifice neuf et vaste accueillera ses paroissiens.

Bigot complète son rapport d'expertise du mois d'avril par une lettre datée du 4 juin adressée au préfet du département :

 "Il serait très possible de conserver la nef de l'église de SCAER dans sa partie romane du 12ème siècle qui a de lon­gueur 19 m 50 sur 6 m de largeur car cette partie est très solide....

Je sais combien est grande la ténacité du Curé qui voudrait tout démolir dans la seule pensée de faire mieux.  Je respecte ce sentiment qui est le sien, mais je me rangerai de préférence à celui du regretté évêque Sergent qui m'avait dit que tant qu’il vivrait, il donnerait son appui pour la recons­truction de l'Eglise tant qu'on ne démolirait pas la nef romane" ....

"En conservant la partie romane, on pourrait inévitable­ment conserver le clocher, le porche et le reliquaire (cet ossuaire se trouvait contre la façade sud de l'Eglise entre le beau porche du XVème siècle et l'angle Sud-ouest de l'Eglise).  Tout le reste serait démoli et refait dans le style roman" ...

" Les instructions ministérielles tendant à la conserva­tion de la partie romane qui est très solide parce que bâtie à chaux et à sable; ce type, quoique très simple, a un caractère très rare dans la Bretagne. Mon opinion et mes sentiments sont donc de respecter la nef romane et de faire les bas côtés, transept, abside et complément de la nef et du chœur dans le style roman".....

Bigot conclut sa lettre par une réitération de son opi­nion "préférant une restauration ou reconstruction partielle qu'une réfection entière de style gothique qu'on rencontre

partout."

Cette lettre de l'architecte au préfet faisait suite à un second rapport des 3 et 4 juin 1872, établi par Bigot, qui ne nous a pas été conservé.

Le Curé de SCAER, fort dépité de cette seconde expertise qui ne répondait pas à ses vœux, se lance alors dans une vé­ritable campagne d'intoxication pour circonvenir le Conseil de Fabrique, l'évêché et la municipalité de SCAER, et les amener à épouser son obsession : raser l'Eglise ancienne.

Infatigable et habile épistolier, il parviendra en quelques mois à ses fins.

Une troisième expertise effectuée par une commission  composée de M. BIGOT, M. HAGRE, entrepreneur à Lo­rient) le 30 Juillet conduira le Préfet du Finistère à fermer l'église de SCAER par arrêté en date du 18 Septembre 1872.

Un peu abusivement, Joseph BILLON, curé de SCAER écrit le 28 octobre au vicaire général de QUIMPER : "Notre vieille Eglise a été condamnée en avril, par Monsieur BIGOT, architec­te, en juillet par une Commission d'experts et, en octobre présent par une contre-expertise.!!!!

Bigot avait résisté de son mieux à l'assaut mené par Bil­lon, contre tout projet de restauration de l'ancienne église, soutenu par le préfet qui rappela dans une lettre du 18 Juin à Monseigneur l'Evêque que l'architecte optait pour une reconstruction "dans l'intérêt de la conservation d’un monu­ment remarquable dans quelques unes de ses parties".  Le préfet menait un combat d'arriëre garde en arguant : "je dois dire un "mot à Votre Grandeur d'une difficulté qui se présenterait "dans le cas où il faudrait reconstruire l'Eglise de SCAER.  Le désir de la fabrique et particulièrement du clergé serait de ,,la déplacer en l’éloignant du presbytère, ce qui forcerait à fonder (faire les fondations de la nouvelle église) dans le "cimetière communal où l'on n'a pas cessé d'inhumer. or, "d'après la loi, aucune fouille ne peut être pratiquée dans un "cimetière moins de dix ans après son abandon.11 y aurait là le un empêchement sérieux".

D'octobre 1872 à Juillet 1873, le curé de SCAER poursuit son travail de harcèlement auprès des autorités civi­les et religieuses, trouve les 88.000 Francs nécessaires à la construction et l'église nouvelle, exaspère BIGOT en exigeant l'obtention d'une sacristie octogonale accolée à la chapelle Sud de la future église absidiole néo-romane), mais le pro­blème d'effectuer des fouilles pour les fondations dans le cimetière le taraude, alors que la démolition totale de l'église, hormis la tour du clocher, est en cours.  Joseph BILLON obtient de la municipalité de SCAER la création d'un nouveau cimetière en bordure de la route de ROUDOUALLEC et un arrêté municipal du 22 juin 1873 prescrit que les inhumations se feront dans le nouveau cimetière à partir du 30 Juin inclu­sivement.

Le lundi 23 Juin, le curé de SCAER avait écrit à BIGOT :" Le vieux cimetière est supprimé.... dans la journée d'aujourd'hui, les trois quarts des tombes - et les princi­pales sont enlevées; pas de murmures

Au début du mois de Juillet 1873, l'architecte BIGOT procède au tracé définitif des fondations et autorise le début des travaux de fouille, mais il reste encore quelques tombes dans le cimetière et certaines ont moins de dix ans !

Profaner les tombes ou construire la nouvelle église BILLON n'hésite point.  Un après-midi de Juillet, il réunit au presbytère une trentaine de maçons et de manœuvres et moyen­nant quelques pièces d'argent et quelques litres de cidre et de vin, il les convainc de se retrouver le soir même, à la nuit tombée, dans le cimetière, avec pioches, pics et pelles.

A la lueur de lampes sourdes, les tranchées de fon­dation de la future église furent creusées, des cercueils con­tenant, soit des ossements épars, soit des squelettes entiers furent éventrés.

Le curé avait fait placer dans l'ancien cimetière un grand chaudron où l'on chauffa de la résine et tous les os ré­cupérés furent trempés et enduits de cette gomme bouillante avant d'être à nouveau enfouis dans une fosse commune creusée à la hâte.

Quelques paroissiens du voisinage, alertés par ce feu allumé dans l'ancien cimetière se rendirent sur les lieux et crièrent au sacrilège.  L'abbé BILLON les en chassa, mena­çant de les ébouillanter avec la résine en fusion nous devons cette anecdote à Mgr FAVE, qui l'avait recueilli auprès d'anciens Scaërois qui avaient assisté à ce scandale)

La nouvelle église fut terminée en Septembre 1874. le nouveau clocher et sa flèche furent construits en 1890 et 891 et BIGOT délivré le certificat de réception des travaux e 21 Septembre 1891.

 

LA NEF ROMANE DETRUITE

 

Les seuls documents à notre disposition sont les deux plans en élévation et en coupe dessinés le 16 Avril 1872 par l'architecte BIGOT et une page de croquis cotés qu'il dessina sur place où apparaissent piliers, colonnes et chapiteaux.

La nef romane existant en 1872 avait environ 19,50 mètres de long pour une largeur de 6 mètres entre les piliers soutenant les 10 arcades restantes.  Les collatéraux devaient avoir 3,30 mètres de largeur, si on accepte que les murs exté­rieurs construits au 16ème siècle furent édifiés sur les an­ciennes fondations, ce qui est probable.

Les huit piliers rectangulaires, à l'ouest de l'église, avaient une section de 1,20 m x 0,92 m pour une hauteur moyenne de 3 m 85, entre le dallage et le tailloir.  Deux piliers côté chœur étaient plus important, leur longueur atteignant 1,60 mètres.

L'ouverture des arcades entre les piliers variait de 2 m 50 à 2 m 80, ce qui nous donnerait une hauteur de 5 à 5 m 30 environ sous la clef de voûte de chaque arcade.

Au-dessus de chaque voûte devait s'ouvrir une fenê­tre-meurtrière située à 7,50 mètres au-dessus du sol, fenêtre ayant environ 1 m de hauteurs éclairant ainsi la nef.  La hau­teur totale des murs de la nef étaient probablement de 9 mètres et celle des collatéraux devaient osciller entre 4,50 m et 5 m.

Chaque pilier était couvert d'une dalle tailloir rectangulaire dépassant d'environ 35 cm de chaque côté de la longueur du pilier vu en coupe.  Sous le tailloir, quatre cor­belets saillaient sur la face la plus étroite du pilier en­cadrant un chapiteau.

De part et d'autre de chaque pilier, sur leur face la plus étroite, étaient élevées de fines colonnes de 23 cm de diamètre et de 3,15 m de hauteur, supportées par des socles chanfreinés, large de 25 cm à la base et haut de 26 cm, la partie chanfreinée atteignant 10 cm de hauteur.

Chaque colonnette recevait un chapiteau rectangulai­re ou en forme de pyramide tronquée et renversée, décoré sur trois faces, et chanfreinée à la base pour s'ajuster à la colonne selon le plan en élévation laissé par BIGOT 22 colonnes et chapiteaux existaient encore en 1872.  L'architecte nous a laissé le dessin d'onze d'entre eux.

Tous ont des décors géométriques (volutes, bâtons brisés, crossettes, entrelacs, anneaux superposés, carrés inscrits dans un losange, disque surmontant un chevron, chevrons multiples).  Il ne semble pas qu'il y ait eu dans cette église de SCAER de chapiteaux à décors zoomorphes ou anthropomorphes, BIGOT n'aurait pas manqué d'en faire mention ou d'en dessiner quelques uns tant était grande sa rectitude intellectuelle.

Nous avons vu que l'architecte souhaitait conserver  cette nef romane, ayant perçu, dès le premier coup d’œil, la rareté de ce style de décoration, fruste, dit-il, mais original.

Nous avons recherché à quelle école se rattachait cette église à jamais perdue.  Aucune église ou chapelle de l'actuelle Cornouaille ne comporte de tels éléments décoratifs s'y typés.  Par contre, dans le Diocèse de VANNES, nous rencon­trons trois églises de même facture dans un secteur extrême­ment restreint au nord et au nord-est du FAOUET, à LANGONNET, à PRIZIAC et à PLOERDUT.  Une quatrième se situe à mi-chemin entre PLOUAY et HENNEBONT, à CALAN, appartenant à cette école dite du Blavet.

Les nefs romanes de ces quatre édifices sont toutes datées de la fin du XII siècle ou du début du XIIè par tous les architectes ou archéologues qui les étudièrent au cours de notre siècle finissant.  Ainsi que celle de SCAER, ces nefs ont toutes la même largeur, voisine de six mètres et une longueur oscillant entre dix huit et vingt mètres environ, le rapport longueur largeur semblant être traditionnellement de 3 à 1, la largeur des collatéraux semble suivre une règle immuable, chaque côté ayant la moitié de la largeur de la nef.

Le plan en coupe de l'Eglise romane dressé par BIGOT nous permet également d'induire certaines hauteurs de la nef; les murs se seraient élevés à 9 mètres au-dessus du dallage et la clef de voûte de la nef à environ 12 mètres

Nous avons visité attentivement toutes les églises romanes morbihannaises apparentées à celle qui fut à SCAER; leur air de famille est évident, mais c'est celle de PRIZIAC qui nous semble être la plus proche de SCAER quant à son architecture générale et à ses éléments de décoration.

Nous avons retrouvé dans cette église Saint BEHAN de PRIZIAC trois piliers rectangulaires et deux colonnettes àchapitaux encastrés entre deux corbelets dans l'arcade sépa­rant le collatéral nord du transept (le même type de colonnet­tes existe dans les

Nota : plusieurs parties romanes découvertes ces dernières années lors d'une restauration, ne figurent pas dans l'ouvrage de Roger GRAND "L'ART ROMAN en BRETAGNE" p 396; cet ouvrage comporte d'ailleurs de multiples erreurs ou omissions.

Les chapiteaux de SCAER, uniquement à décors géomé­triques rappellent certains motif des églises de CALAN et de PLOËRDUT; on ne rencontre des sculptures anthropomorphes et zoomorphes que dans les églises de LANGONNET et de PRIZIAC.

Le sommet des piliers des quatre églises du Morbihan précitées se caractérisent par la présence de plaques en forme de demi-meule formant chapiteau ou encadrant un chapiteau.  Ce type de décor ne semble pas avoir existé dans l'église romane de SCAER.

Il semble donc que cette église paroissiale de SCAER soit postérieure aux quatre églises romanes édifiées dans le secteur du FAOUET-PLOUAY, mais qu'elle se rattache à cette école locale si typée.  Il est vrai que SCAER ne se trouve qu'à 17 kilomètres du FAOUET.  Au Moyen Age, SCAER ne possédait que trois routes, l'une vers LE FAOUET, une autre vers CORAY où l'on rencontre à mi-chemin la chapelle romane de Coadry, édifiée par les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem et la dernière se dirigeant vers ROSPORDEN.  Aucun chemin digne de ce nom n'existait au sud ou au nord de la bourgade scaéroise, seul un axe est-ouest desservait la paroisse, ce qui explique­rait l'influence morbihannaise dans l'architecture de l'Eglise romane de SCAER, à jamais disparue.

 

Notes : 1) les paroisses du FAOUET et de LANGONNET dépen­daient autrefois du diocèse de QUIMPER; PRIZIAC et PLOËR­DUT, paroisses du doyenné de KERMENET-GUEGANT, ainsi que CALAN, ancienne trêve de LANVANDAN dans le doyenné de KEMENET-HEBOE, ressortaient du diocèse de VANNES

2)    Le porche du 15è siècle et le reliquaire du 16è siècle de l'ancienne église de SCAER aujourd'hui dé­truits ne sont pas sans rappeler, par leur architecture et leur implantation, ceux de l'église actuelle de PLOËR­DUT.

 

 

 

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