Le port de Quimper il y a 100 ans

Le port de Quimper : " un port qui sèche ".

Si celui-ci est presqu'à sec après le reflux, à pleine marée et à l'époque des vives-eaux, des navires de 200 parfois 400 tonneaux y font escale. Bricks, goélettes, chasse-marée, dundees et lougres y viennent quotidiennement. On enregistre ainsi en 1878, 218 navires entrés la marchandise " importée " cette année-là, représente 12 401 tonneaux. L'exportation, 2 878 tonneaux. On observera en 1888 un trafic de presque 19 000 tonneaux.L'assèchement du port, toutes les douze heures, laisse les bateaux à sec.

Les complications pour les manoeuvres et les risques de talonnage pour les navires les accidents seront peu fréquents en fait feront que les armements ne seront jamais rassurés de voir leurs unités rallier le port de Quimper.La marée aura toujours été le frein important au développement du port. Des projets de portes à marée entre Kerdour et Lanroz ont failli voir le jour. Comme l'élargissement du port, qui au plus étroit n'a que 25 mètres de large, mais celui-ci ne sera jamais réalisé. Un des plus typiques bateaux ayant fréquenté l'Odet est le" Bag-Mao. " Traditionnellement armés par des " bateliers " de Gouesnac'h, mi-marins mi-paysans, ces Bagou-Mao étaient le plus souvent utilisés pour le transport du sable que l'équipage, deux hommes, lait pelleter directement sur la plage de Sainte-Marine, leur chaloupe échouée. La navigation sur l'Odet se faisait à la voile et à l'aviron. Passé le Corniguel, si le vent faisait défaut, le chemin halage était utilisé pour tirer à force d'homme le navire. Le déchargement du sable avait lieu à Locmaria où les faïenceries faisaient grande consommation de ce chargement. Certaines variétés de sable étaient chargées aux Glénan où la traversée se révélait parfois bien audacieuse pour ces barques conçues pour la navigation fluviale. Le transport du bois, de bestiaux, de grains, de goémons et autres marchandises était aussi fréquent sur les Bagoumao. L'activité du port de Quimper était partagée entre ces barques de dimension réduite et des navires de plus fort tonnage, comme on peut le voir sur le cliché ci-dessus où face aux Bagou-Mao déchargeant à Locmaria, une magnifique goélette, le " Gabrielle ", de Saint-Malo, est à quai au Cap Horn.

Les unités importantes livraient le bois, les céréales, le vin, le sel, voire le charbon. Des navires de plus fort tonnage ne pouvant remonter l'Odet mouillaient à Bénodet, qui jouait le rôle d'avant-port pour Quimper. La navette se faisait sur des barques, telles les Bagou-Mao. Une véritable flottille de dundees, goélettes, lougres et de chasse-marée manoeuvrait parfois de concert dans l'Odet dont la largeur, rappelons-le n'excédait pas 25 mètres par endroit.La navigation n'était pas toujours sans risques sur l'Odet pour des navires de 300 tonneaux et plus.

Même à marée haute, le louvoyage dans les " vire-courts " de la rivière n'était pas aisé, et quelques unités comme le brick goélette portugais "Eulalia " en 1898 y laissent la quille lors d'un talonnage. Le navire de 300 tonneaux ne sera pas sauvé. Ce n'est qu'à contrecoeur que certains armateurs acceptaient un chargement pour Quimper. Le port a permis l'acheminement maritime de bien des marchandises pour la ville et les environs vins en provenance de Bordeaux et de Nantes, sel (dont la région était fort consommatrice) des marais salants de Guérande. Des pays nordiques arrivaient des navires remplis de planches, nos forêts produisant peu d'arbres pour utilisation. Phosphates, chaux, engrais nécessaires à une agriculture en rie mutation, étaient déchargés très régulièrement à la fin du XIXe siècle sur les quais de l'Odet. D'autre part " l'exportation " des produits de Cornouaille transitait aussi par le port, à commencer par celle céréales. Nombres de lougres partirent livrer à Cardiff des poteaux de navire réalisés en troncs de pins de la n et qui servaient d'étais dans les galeries du Pays de Galles. Le retour se faisait chargé de houille. Ces quelques exemples illustrent les principales marchandises transitant par le port de Quimper. Tous les biens de consommation, y compris le bétail et les passagers, feront vivre le port.

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