Saint-Malo de l’Ile en Bretagne

 

Le rocher d’Aaron, l’île sur laquelle le moine gallois Maclow est venu s’installer à la fin du VIème siècle, ne compte guère plus de quinze hectares et n’est accessible, à l’est, que par une levée de sable, en forme de sillon, que submergent aisément les grandes marées qui, ici comme dans la baie du Mont-Saint-Michel, sont parmi les plus fortes du monde. Profitant du castrum attesté dès le Xème siècle, les bénédictins y installent un prieuré au XIIème siècle et, peu après, Jean de Châtillon réussit à y transférer son siège épiscopal, abandonnant ainsi le promontoire d’Alet, à l’entrée de la Rance. De ce transfert datent les véritables débuts de l’histoire de la cité Malouine, cité corsaire dès l’aube du XIIIe siècle, appelée à jouer un rôle considérable dans les rapports politiques entre le duché breton et le royaume de France, dans les grandes entreprises maritimes et commerciales, ainsi que dans le domaine culturel, en particulier dans l’évolution des idées et de la littérature.


Dès la fin du XIVe siècle, et pendant vingt ans, Saint Malo est rattaché au domaine royal, ce qui vaut d’obtenir de Charles VI le statut de port franc. Parmi les privilèges obtenus, les Malouins tiennent particulièrement à celui qui les autorise à assurer eux-mêmes leur défense. Une milice bourgeoise exclut l’existence d’une garnison et la présence de troupes étrangères à la ville. On comprend que les Malouins lutteront farouchement pour défendre des privilèges sans cesse contestés, trouvant appui tantôt du coté breton, tantôt du coté français, l’Eglise et les Anglais se plaisant à faire pencher la balance, en mainte occasion, au mieux de leurs intérêts. Les années qui précèdent la naissance de Jacques Cartier sont décisives pour l’avenir de la Bretagne dont le duc, malgré la vive opposition de la seigneurie ecclésiastique, fait construire, à l’entrée de Saint-Malo, des tours qui, réunies, constitueront une forteresse quasiment imprenable. Le château ne sera entièrement achevé qu’après 1510. Les troupes françaises, sous les ordres de Louis de La Trémoille, réussissent pourtant à s’emparer de la ville, en 1488. Les bourgeois sont lourdement imposés ; ils doivent verser 12 000 écus ; pour ménager leur orgueil, l’amende est présentée comme un simple emprunt. Cinq ans plus tard, la ville est rattachée pour la deuxième fois au royaume et, en 1505, la duchesse Anne, devenue reine de France, pourra répliquer aux Malouins et à leurs seigneurs ecclésiastiques mécontents de la voir ajouter au château une énorme tour : Quic’en groigne, ainsi sera, c’est mon plaisir.


Saint-Malo aujourd'hui

Saint-Malo au XVIe