Le meneur de loups

 

L’histoire qui suit nous a été racontée par Mme Eugénie Duval. Cette femme, retraitée, peut donc maintenant partager sa passion en faisant revivre le passé et les légendes du pays gallo grâce aux chants, danses et contes transmis par ses ancêtres de génération en génération.

Il était une fois un homme qui rentrait de sa journée aux champs.

Une légende circulait dans la région, et celle-ci racontait que si l’on marchait sur une certaine sorte d’herbe, l'herbe d'oubli ou "éguère", on était destiné à se perdre et à ne plus retrouver son chemin pendant le restant de ses jours.

Mais la "neu" était tombée et il était difficile d’apercevoir cette herbe malgré ses différences : elle était haute et vert foncé. L’imprudent marcha dessus, il tourna, vira et se retourna plusieurs fois mais en vain : il était bel et bien perdu. Au bout d’un certain temps, il entendit des coups de hache et marcha immédiatement dans la direction d’où venaient les bruits. Il vit un homme, grand, barbu, très fort. Il était vêtu pauvrement, couvert de terre et sentait la sueur. C’était un bûcheron. Tout à coup, celui-ci siffla et alors une quarantaine de loups l’encercla : ils hurlaient à la mort. L’homme prit peur. Le bûcheron lui demanda qui il était et ce qu’il faisait en ce lieu. L’homme répondit en bredouillant :

-"Je me suis perdu en marchant sur l’herbe dont tout le monde parle au village. Il faisait tellement noir que je n’ai pas pu la distinguer."

-- Ton histoire a l’air plausible, mon ami, et tu me sembles épuisé et affamé, je vais demander à mes loups de te raccompagner, mais je t’avertis que si tu "che" tu ne pourras pas te "releve". Une fois rentré chez toi, n’oublie pas de nourrir les loups en guise de remerciement. 

L’homme partit donc avec la meute de loups. Il avait du mal à avancer avec ses gros sabots de bois remplis de paille car le chemin était tout bosselé et de grosses racines sortaient de terre. Il tremblait de peur. Il devait marcher prudemment pour ne pas tomber mais rapidement car les loups, derrière lui, lui mordillaient les mollets pour qu’il avance plus vite. L’homme était terrifié en se répétant les paroles du bûcheron : 

-"Si tu "che" tu ne pourras pas te "releve".Cette phrase le hantait. 

Sorti du bois, il arriva dans la cour de sa maison : il ne lui restait plus que son chapeau et ses sabots car les loups lui avaient dévoré le reste de ses habits. Il frappa à la porte, sa femme ouvrit immédiatement et devint aussi rouge qu’un coquelicot en fleur car elle n’avait jamais vu son mari tout nu. Elle pensa qu’il était devenu fou. L’homme énervé hurla à sa femme :

-"Je t’en prie jette toutes tes galettes dehors et ferme la porte à clé."

Les loups rassasiés repartirent dans la forêt.

Le lendemain sa femme se rendit au lavoir du village où elle avait l’habitude d’aller laver son linge. Elle rencontra ses amies qu’elle voyait tous les matins et leur raconta l’aventure qui était arrivée à son mari. Toutes pensèrent qu’elle s’était mariée avec un fou.

D’après Eugénie Duval, Réécrit par Laetitia LE GODAIS, Muriel LE PORS, Charlotte LE ROUX, Lise DELEN  et corrigé par Lise DELEN.
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