Le mariage

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Les relations qui lient les employés des forges à leur patron peuvent nous paraître étranges. C’est ainsi que le caissier Etienne Mario demande de l’aide au Baron de Janzé :

"Monsieur,

mon père qui était fendeur ici me destinait à le remplacer. Mr Bourdonnaiy en décidat autrement et sans doute ce fut sous bon plaisir que je me trouvai à remplir ici la fonction de commis à la balance. 5 ans après vous avez généreusement détourné le coup qui a englouti 4 à 500 milles dans la neige de la Russie. Et cela sans autre avantage pour vous que celui de faire un heureux. Vous n’avez pas borné là vos bontés pour moi. Je suis actuellement caissier de votre forge des Salles. Voila qui renferme toute mon histoire: je ne suis pas du tout ce que devais être, et c’est à vous que je dois non seulement la vie, mais encore la vie la plus heureuse. Je ne devrai donc plus avoir rien à vous demander. Cependant, vous pouvez encore ajouter à mon bonheur. Mlle Le Tellier dont vous avez probablement entendu parler a bien voulu répondre à mes vues sur elle, se avant de tenter d’obtenir le consentement de sa famille duquel je suis loin d’être sur. Je viens demander le votre. Ne me le refusez pas, je vous en prie, car si la fortune que doit avoir un jour Mlle Le Tellier semble rendre mon union avec elle assez convenable, j’ai la conscience que ce n’est pas là, tout à fait, ce qui a fait naître mes sentiments pour cette aimable personne, vous pouvez m’en croire: ce n’est pas uniquement dans la richesse que je fais consister le bonheur.

Je ne peux, en reconnaissance de ce que vous avez fait pour moi, que vous offrir mon plus profond respect; mais je désire bien ardemment que l’occasion se présente de vous prouver toute la force de ma reconnaissance et toute la valeur de l’attachement sans borne avec lequel j’ai l’honneur d’être
Monsieur
Votre très humble et très obéissant serviteur
Mario

Forges des Salles le 5 janvier 1818"

Pour comprendre cette lettre, il faut se rappeler qu’en 1812 Napoléon 1er a déclenché la campagne de Russie. A cette époque le régisseur s’appelait Bourdonnay-Duclézio et si le commis à la balance Mario n’est pas parti en Russie, il a vingt ans, c’est que le Baron de Janzé lui a payé un remplaçant.

L’opération mariage a réussi :

"Monsieur,

Je m’empresse de vous annoncer que vos démarches pour moi auprès de Mr Le Tellier ont eu un plein succès et je viens vous renouveller mes biens sincères remerciements ...

votre très humble et très obéissant et très attaché serviteur
Mario

Forges des salles le 19 avril 1919"

Le Baron de Janzé, fils du précédent, a lui, aussi une décision à prendre à propos d’un mariage, il écrit le 4 octobre 1839 au régisseur Mario :

"Je suis bien embarassé pour vous répondre relativement au mariage du garde Caurel. Est-ce un bon sujet, la femme qu’il veut épouser est-elle aussi une brave femme."

Décision prise le 18 octobre 1839 :

"Il faut bien accorder la permission de se marier au garde Caurel mais bien lui dire aussi, que si par la suite il ne se trouve pas à l’aise il n’aura qu’à s’en prendre à lui-même, puis comme vous l’avez fait que la parenté ne mise pas à son service"

Ces autorisations de mariage peuvent paraître choquantes mais si elles étaient acceptées cela obligeait le propriétaire de s’occuper de la femme et des futurs enfants de l’ouvrier comme l’indique ce texte du fils du Comte de Janzé qui s’inquiète de l’avenir de la forge et des employés en 1839 car les affaires ne sont pas florissantes :

"C’est que dans la prévision d’être obligé de diminuer plutôt qu’augmenter la fabrication, il faudrait que les forgerons qui ont plusieurs enfants ne comptent pas qu’ils seront employés à la forge et qu’ils tachent de leur faire prendre d’autre état."

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