La pauvreté

 

Même si les ouvriers des forges sont des privilégiés par rapport au reste de la population, ils ne sont payés que quand il y a du travail et la retraite n’existe pas. Le régisseur écrit au Baron de Janzé le 2 mai 1822 :

"Vous avez à votre service un dresseur de fourneau qui a plus de 80 ans. Je ne demande pas pour lui une retraite mais seulement une petite somme par mois pour suppléer à ce qui lui manque pour avoir du pain pour lui et sa femme qui est aussi vieille et avec laquelle il est depuis 50 ans. Quand les atteliers sont en forêt ce brave homme qui a toujours mené une vie honarable ainsi que sa femme en commençant 2 heures avant les autres et en finissant 2 heures après vient à bout de suffir, mais quand les atteliers sont éloignés il ne peut plus y aller. Je crois que vous récompenseriez la vertu, c’est le mot, si vous veniez à son secours. Il ne demande jamais. Vous devez bien penser qu’il n’est pas sans souffrir."

Le 5 juin 1822 :

" J’ai envoyé Mme Bourdonnay visiter le bonhomme Jacob et son épouse afin de juger par elle même... La femme que son âge maintien d’avantage en puissance de gouverner la maison est encore forte assez pour se livrer aux travaux de la petite métairie qu’elle paie 17 écus par ans. On y faisait de la soupe pour 2 ou 3 voisins qui étaient venu l’aider à travailler un petit coin de terre destiné à la semence du bled noir. Elle n’était pas bien grasse cette pauvre soupe mais tout le monde était content et le maitre comme les autres qui travaillait comme les autres c’est à dire le mieux qu’il pouvait. Bref ma femme a vu et on lui a répété que tout ce qui pouvait troubler la joie du ménage était la crainte d’être obligé de chercher son pain avant peu, car on ne se dissimulait pas que malgré l’ordre et l’économie qui existe dans ce ménage de plus de 80 ans le moment approchait où il serait impossible de porter en maison les 100 écus que jusqu’à présent le travail en forêt avait procuré à peu près chaque année."

Le régisseur aide les malades ou les blessés qui ne pouvant plus travailler ne gagnent plus de quoi nourrir leur famille, le 13 mars1835 :

"Un malheureux journalier déchargeur de charbons chargé de 5 petits enfants reçu il y a 5 mois un coup de pied d’un cheval d’un sactier dans le devant de la jambe. Ce pauvre diable a été obligé de garder le lit depuis cette époque, j’ai pris sur moi de lui faire la charité en remettant à sa femme tanto 4 f, 3 f 50, 3 f par semaine"

Le 27 décembre 1835 :

" La misère se fait sentir ici depuis 15 jours d’une manière affligeante, beaucoup de personnes sont sans ouvrage. Nos bucherons depuis la neige ne peuvent pas non plus travailler.

Les veuves sont aidées, on leur fourni de la filasse à filer, le Baron de Janzé écrit le 27 janvier 1840 :

"Vous pouvez aussi faire filer les pauvres femmes sans vous inquiéter de la perte qu’il y aura perte sur le prix de revient de la toile puisque c’est une charité et qu’il vaut toujours mieux le plus qu’on peut faire travailler que donner l’aumone."

Le 15 février 1847, le régisseur écrit à Monsieur Blanchard l’homme d’affaire de Comte de Janzé :

"la misère est devenue si grande que je délivre tous les matins les pains provenant des 180 livres de farine ..."

nous sommes à la veille de la révolution de 1848.

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