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Choix du lieu-dit

 

 

 

 

 

Nous avons pensé à un Projet de sensibilisation au Patrimoine dans un I.M.E accueillant des élèves de 8 à 14 ans encadrés par un professeur des écoles pour un atelier hebdomadaire d'une durée de 90 minutes. Ceci au coeur de la commune rurale où est implantée l'établissement, avec l'objectif d'apprendre à regarder et aussi d'essayer de comprendre ce qu'il y a derrière les choses observées avec les élèves.

La commune est riche d'un chantier actuel de fouilles archéologiques sur un site de l'âge du fer à Kerven Teignouse, d'un lech de l'âge du fer au village de Noguello, de châteaux, d'église, de manoirs, de chapelles, de longères, de chaumières, de calvaires classés, de moulins, de lavoirs, de puits, de fours à pain.

Le choix d'un élément du patrimoine bâti, à savoir les fours à pain, permet avec l'hypothèse de départ que dans chaque hameau il y a eu ou il y a encore un four à pain, de rencontrer et de voir tous les éléments de ce patrimoine lors de déplacements sur site. Les contacts avec le ou les propriétaires pour recueillir des renseignements, des anecdotes, visent à favoriser une meilleure connaissance des enfants de l'I.M.E. par la population, l'intégration des codes sociaux, les apprentissages scolaires et la curiosité chez les élèves. De plus, l'inventaire des fours à pain situés sur la commune constitue un travail réel de recension du patrimoine.

Pour localiser les fours, des personnes ressources sont nécessaires. Nous avons pensé au Club de randonnée qui a été sollicité avec succès, aux pompiers qui se déplacent sur la commune dans le cadre de leurs interventions et dans chaque foyer pour la vente de leur calendrier annuel, au préposé au courrier qui va dans chaque lieu-dit, aux instituteurs de l'école publique pour utiliser les connaissances de leurs élèves et aider à ces localisations. Des échanges entre les élèves de l'I.M.E. et ceux de l'école publique doivent avoir lieu.

Un minimum d'outils est nécessaire pour cette entreprise : un appareil photographique, un décamètre (pour mesurer la circonférence du four), un mètre, une règle d'un mètre en bois étalonnée tous les 10 cm en rouge et blanc, disposée pour la prise de photographies pour graduer le four, une boussole qui permet de repérer l'orientation de l'entrée du four, une planchette écritoire individuelle pour la prise de données, une ardoise (comme sur la anciennes photos de classe qui localise et date l'intervention sur la prise de vue), une lampe électrique pour éclairer et voir l'intérieur du four.

Quand un four a été localisé, tout déplacement avec un véhicule de l'établissement et 7 élèves (ce nombre est lié à des règles de transport) est précédé d'une rencontre avec le ou les propriétaires (cas de four commun au village) pour un accord verbal sur la visite, la prise de photos, le relevé des mesures, la prise de renseignements. Cela est souvent difficile : propriétaire absent, ou présent uniquement le week-end. Ces contacts sont pris par les adultes encadrants en dehors des heures de présence des élèves. Lors des déplacements sur site, une fiche accords écrits est signée par le ou les propriétaires pour :

  1. La diffusion des photos qui regroupent les fours à pain, en vue de fabriquer une affiche patrimoine
  2. La diffusion des renseignements, des photos, croquis, sur une brochure destinée à l'établissement et à la bibliothèque de la commune
  3. La diffusion de l'inventaire constitué sur Internet, par le biais du serveur de l'Education nationale : l'établissement participe au projet "Bretagne racines du XXIe siècle". Le thème choisi est le bâti et le mobilier civil.

Une fiche de renseignements type a été élaborée. Elle sert à la prise de notes sur le terrain ; la localisation four/village est reportée sur le plan carte de la commune. Une autorisation a été demandée au Maire pour l'utilisation du plan carte communal.

Lors des déplacements sur site en omnibus, dont le trajet dure au maximum vignt minutes, chaque élève réagit différemment. En sortant de l'enveloppe protectrice de l'établissement, il doit appréhender un nouveau lieu. L'absence de cadre, de limite est angoissant pour certains. Il doit essayer de parler correctement avec des personnes qu'il ne connaît pas, se montrer poli, poser des questions adaptées à la circonstance, s'adapter aux réponses (cas de l'élève qui reposait la même question, car le retour ne lui convenait pas, cas de l'élève qui se réfugie derrière ses camarades pour ne pas poser de questions car il n'est pas à l'aise). Il doit aussi utiliser ses compétences ou se faire aider par ses pairs, pour écrire un nom, une localisation, pour prendre les mesures des fours, lire sur le décamètre ou le mètre. Ce n'est plus un lieu de classe, et pour certains, les repères s'oublient vite. L'élève doit aussi dessiner, mettre un nom sur les plantes, sur les arbres, les animaux qui sont autour de lui.

Le repérage des points cardinaux est difficile (un élève ne pouvait pas participer à cet atelier car il ne les connaissait pas ; le bouche à oreille avait bien fonctionné pour les autres, lui se sentait incapable de le faire). La noirceur de l'intérieur du four qu'il faut éclairer, pour rassurer dans un premier temps, parce que "il y a quelque chose dedans !". Une élève y a vu une chauve-souris. Puis, regarder pour observer la disposition des pierres de la voûte et le travail de l'artisan. Le lierre qu'il faut soulever, la peur des insectes, des araignées surmonter son appréhension en voyant arriver le chien du village qui défend son territoire en aboyant, et aussi l'étonnement des élèves qui voient et entendent les adultes qui les accompagnent parler avec les gens. "Tu le connais ?" En référence avec leur univers familial, et aussi la consigne de ne pas parler aux inconnus. Relevé de date visible parfois sur le four. Quel âge a-t-il ? Comment fait-on pour calculer ? Tous ne maîtrisent pas la soustraction.

Retour vers le passé. Pourquoi un puits ? Comment fonctionnait-il ? Pour qui ? Pourquoi un four à pain ? Pourquoi est-il loin des maisons ? Comparaison avec le présent, achat du pain frais quotidien chez le boulanger.

Lecture du paysage bâti - intégration des habitations dans l'environnement, protection aux vents dominants, orientation des façades, formes, hauteur, couleur. Qu'est-ce qu'un beau mur ? Pierres, parpaings ? Qui l'a construit ? Vision de l'appareillage de pierres, sur une façade, un pignon, rythme et forme, regard sur les pierres d'angle, matériau et couleur, disposition des ouvertures, pierres d'encadrement, couverture des toitures. Vallonement important sur la commune, présence de nombreux ruisseaux.

Traces du passé. Dire si la machine se trouvant dans la cour de la ferme appartient au présent, au passé. Quel outil ? Pour quoi faire ? Par qui ? Comment l'utilisait-on ?

Sentir - l'odeur d'un puits, de la terre labourée, du pré fauché, le parfum d'une plante, du genêt, de l'ajonc avec son parfum de noix de coco, l'odeur du châtaignier en fleur, du sureau. Toucher la margelle lisse du puits, et les autres pierres. Toucher la sole lisse du four et les pierres extérieures. Pourquoi cette différence ? Savoir écouter le bruit des machines, l'identifier. Le concert des oiseaux, lointain, rapproché, reconnaître dans un chant d'oiseau chaque espèce, merle, pinson, etc.

... Tous ces éléments font partie d'une même démarche dont l'objectif est d'aider les élèves à évoluer. A chaque trimestre, le groupe de sept élèves change en rotation avec d'autres ateliers. Chaque déplacement sur site est suivi, dans l'établissement, de l'écriture sur cahier des données récoltées, puis, lors des rotations, dans l'atelier informatique d'une rédaction sur ordinateur des notes prises.