LE PASSAGE SAINT-ARMEL

    Ce jour là Yann et Morgane se dirigèrent vers le passage Saint-Armel avec un vieux parchemin. Ils l’avaient trouvé la veille dans un coffre de leur grenier.

    Yann et Morgane habitent un manoir près du passage Saint-Armel. C’est un vieux bâtiment en terre. Il a de grandes fenêtres et une grande porte d’entrée. Des ardoises couvrent le toit. A l’intérieur du manoir il y a un salon, une cuisine, des chambres, une salle de bain, des toilettes et surtout un immense grenier qui fait toute la surface de la maison. C’est là que Yann et Morgane ont trouvé le parchemin.

" Mon cher capitaine, "
    " Je te confie un grand trésor. Tu trouveras au fond de ce coffre deux objets précieux et magiques : un coquillage et une flûte. Prends-en bien soin. Sois très prudent, ne les égare pas. Ils te permettront de faire un grand voyage à travers le temps. Suis bien les indications que je te donne. "
    " Va sur le passage Saint-Armel, pose le coquillage sur l’oreille droite, tu entendras le bruit de l’océan, tu souffleras dedans et le son de la mer résonnera. Tu joueras de la flûte de la main gauche, une jolie mélodie sortira. Ton voyage commencera. Tu verras, c’est fantastique ! Pour le retour tu inverseras tes gestes. N’oublie pas tous ceux qui seront autour de toi partiront aussi." 
    " Mon capitaine, mon ami je te donne mon plus grand trésor. "
  
                                             Corentin

    C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent près du passage Saint-Armel, avec le parchemin, le coquillage et la flûte. Le ciel était bleu, la mer grise et quelques mouettes volaient haut dans le ciel. L’air était frais et Yann était habillé avec un anorak marron, un jean noir et un bonnet à rayures bleues et blanches. Ses joues étaient rougies par le vent glacial. Morgane était vêtue d’une longue robe bleue avec des collants blancs et un manteau noir. Ses cheveux bouclés blonds attachés par un bandeau bleu marine étaient repoussés en arrière par le vent froid qui rougissait ses oreilles.

    Ils arrivèrent à la cale qui sert à embarquer pour traverser vers Saint-Armel. Un petit bateau à moteur y accostait avec à son bord deux pêcheurs qui débarquèrent leur matériel. Au bout de la cale il y a une perche rouge, c’est une balise latérale bâbord qui sert à signaler le chenal de la rivière de Noyalo. On la laisse à gauche en remontant la rivière de Noyalo.

    Ils avancèrent sur la cale humide. Elle était glissante. Ils revinrent sur leurs pas et se dirigèrent vers un petit buisson, à l’abri des regards.
- Comment joue-t-on de ce coquillage ? demanda Yann.
    Morgane regarda sur le parchemin.
- Pose le coquillage sur l’oreille droite, tu entendras le bruit de l’océan puis souffle dedans, une jolie mélodie sortira.

    Yann mit le coquillage sur son oreille puis souffla dedans, Morgane joua le même air à la flûte.
- Qu’est-ce que c’est  ? fit Morgane en montrant une immense colonne noire qui tournait sur elle-même.
- C’est un tourbillon, il va nous emporter ! s’écria Yann.
- Au secours ! crièrent en chœur les deux enfants.

    Quelques secondes plus tard ils se retrouvèrent au même endroit, mais le paysage avait changé. Face à eux, il n’y avait plus aucune maison, mais des arbres, la cale aussi avait disparu, et à sa place il y avait de grands bateaux plats en bois.

    Mais ce qui était le plus extraordinaire, c’est que leurs vêtements à eux aussi étaient changés. Ils étaient comme déguisés en enfants du Moyen Age. Morgane portait un cercle sur la tête qui retenait un long voile blanc. Elle était vêtue d’une robe rouge et dessous d’une chemise blanche. Elle avait un mantel sur sa robe et une aumônière qu’elle portait autour de son bras. Yann était déguisé en jouvenceau avec un mantel marron sur un surcot noir. Il portait un caleçon vert, des chausses bleues et des souliers noirs.

    Ils ne comprenaient plus rien, lorsque tout à coup ils virent arriver un homme bizarrement habillé menant une charrette attelée à un gros cheval. Ils se cachèrent dans les broussailles. La charrette se dirigea vers le passage Saint-Armel où elle monta à bord d’un grand bateau qui attendait.

    Derrière lui une autre charrette suivait, puis une autre et une autre, toute une file qui n’en finissait pas. Tous s’entassaient à bord des bateaux qui leur faisaient traverser le passage et revenaient.

    Yann et Morgane restaient cachés dans le fourré. Ils commençaient à comprendre, ils étaient retournés au Moyen-Age. Il y avait des charretiers, des gardes armés d’arbalètes, des chevaliers en armures, des serviteurs et bientôt apparu un grand carrosse finement décoré. Yann et Morgane aperçurent par la fenêtre une femme richement vêtue. Des musiciens suivaient en jouant des airs agréables.

    Curieux, les deux enfants voulurent savoir où se dirigeait tout ce cortège.

    Tout à coup la charrette qui était devant eux s’arrêta. Ils en profitèrent pour monter derrière, elle transportait du foin, ils se cachèrent dedans. Ils continuèrent ainsi et purent traverser sur un bac de cette manière.

    Ils arrivèrent près d’un mur en pierre et passèrent par une porte, ils rentrèrent ainsi dans une immense forêt. Il y avait toutes sortes d’arbres : des chênes, des hêtres, des bouleaux… De grandes fougères encombraient le sol. Il y avait plein d’animaux : des lièvres, des renards, des écureuils, et même des biches…

    Tout à coup le cheval de leur charrette s’affola, devant lui se dressait un sanglier à l’air agressif. Le charretier éloigna la bête sauvage en lui lançant une pierre et calma sa monture.

    Quelques instants plus tard, ils virent des chevaliers rattraper l’animal, tirer des flèches, le tuer, et le ramener avec eux.

    Après de longues heures à travers la forêt, ils arrivèrent près de grandes étendues d’eau : des étangs et des marais. Au loin ils virent un immense château-fort. Il y avait des douves autour du château, mais bizarrement c’était de l’eau de mer qui coulait dedans. Les enfants reconnurent le château de Suscinio. Au-dessus de la porte d’entrée il y avait les mêmes sculptures qu’ils reconnaissaient bien parce qu’ils étaient venus en classe patrimoine : un chevalier sur son cheval, avec un bouclier et de chaque côté un cerf devant un arbre. Au-dessus les blasons n’étaient pas abîmés et étaient bien dessinés.

    Le pont-levis était baissé pour faire rentrer tout le cortège. Des gardes surveillaient l’entrée. Yann et Morgane, cachés dans le foin, purent pénétrer ainsi dans le château sans problème.
- Nous sommes arrivés dans la cour dit Yann.
- Allons-y, descendons dit Morgane.

    Ils se faufilèrent parmi les serviteurs innombrables qui s’affairaient à décharger les coffres, tonneaux, sacs… qui s’entassaient dans toutes ces charrettes.

    Yann et Morgane entrèrent dans le logis du château.

    Dans les cuisines il y avait énormément d’animation. Des serviteurs épluchaient des légumes, quelques uns dépouillaient des lapins, d’autres coupaient les viandes... Dans une immense cheminée, des marmites bouillaient et embaumaient la pièce.

    Il ne fut pas difficile pour les enfants de se fondre parmi tous ces gens affairés. ils suivirent un groupe de jeunes hommes portant un cochon rôti. Ils montèrent un escalier à vis et arrivèrent dans la salle des festins.

    C’était une immense pièce, avec une grande cheminée qui la réchauffait. Les tables étaient dressées sur des tréteaux, disposées en forme de U. Dans le fond, dos à l’immense cheminée où brûlait un bon feu, deux personnages trônaient sur des sièges en bois.
- Ce doit être le duc et la duchesse dit Yann.

    Le duc portait une chemise de lin et un pourpoint court de velours rouge avec des manches échancrées. La duchesse avait sur sa tête une bouclette en velours noir, elle faisait ressortir la blancheur de son front épilé. Elle a aussi un hennin, une coiffe en pointe qui était ornée d’un long voile. Elle portait une robe en velours rouge.

    Le sol était couvert de pétales de roses. Les tables étaient recouvertes de nappes blanches avec des fleurs rouges. Des gardes protégeaient le duc et la duchesse en surveillant par deux meurtrières dans le mur en face de la cheminée. Un échanson surveillait et goûtait le vin qui était gardé dans une petite pièce à côté de la salle.

    Les serviteurs montaient les plats par un escalier qui venait des cuisines. Ils apportaient des mets très différents : du brouet de poule au gingembre, de la soupe d’huîtres, du poisson au jus de raisin, un mouton rôti, des volailles, des lapins, des porcelets…

    Six serviteurs apportèrent un sanglier (c’était peut-être celui qu’ils avaient vu se faire tuer dans la forêt) et un cerf cuits, mais présentés comme s’ils étaient en train de se battre…, d’autres présentèrent un paon et des hérons reconstitués.

    Des musiciens entrèrent dans la salle suivis d’un groupe de saltimbanques dansant et jonglant.

    C’était le moment des entremets. Des valets apportèrent un château en pâte d’amande aussi grand qu’eux.

    Le repas dura tout l’après-midi. Le duc interpella Yann :
- Va dire à l’échanson d’apporter le vin.
- C’est quoi un échanson ?
- Tu es un ignorant et un insolent, tu n’as rien à faire dans mon château.

    A ce moment le duc appela un garde :
- Sortez-le ! cria le duc.

    Morgane, discrètement suivit Yann. Les deux enfants se retrouvèrent à la porte.

    On n’a plus qu’à aller au Passage Saint-Armel pour essayer de rentrer chez nous.

    Mais comment, il va faire bientôt nuit et il y a cette immense forêt à traverser.

    Marchons le plus possible.

    Les deux enfants se mirent en route.

    Au bout de quelques temps, ils rencontrèrent un homme menant une charrette.
- Monsieur est-ce que vous pouvez nous aider ?
- Mais qu’est-ce qu’il faut que je fasse ?
- Pouvez-vous nous ramener au Passage Saint-Armel ?
- Oui, d’accord je m’y rendais, montez.

    Les enfants retournèrent ainsi au passage Saint-Armel parcourant l’immense forêt. A la tombée de la nuit un frisson parcourut le dos des deux enfants.

    Ils arrivèrent près de la rivière de Noyalo où les laissa le charretier puis ils prirent un des bateaux qui faisait le passage. La nuit allait bientôt tomber.

    Arrivés de l’autre côté, ils retournèrent se cacher dans les buissons et sortirent la flûte et le coquillage qu’ils avaient gardés précieusement sur eux. Ils jouèrent quelques notes et se retrouvèrent au XXe siècle.

    " Eh ! Les enfants fit un pêcheur qui passait par là, ce n’est pas très confortable pour dormir ici ! "

    Morgane et Yann se regardèrent une même pensée traversa leur esprit. Ils regardèrent autour d’eux, le parchemin, la flûte et le coquillage avaient disparu.

Simon, Anaïs, Marina, Léa


Découvrez le passage de Saint Armel


Découvrez d'autres contes