LE PONT LISSE

    Ce jour là, le premier samedi des vacances de Noël, Yann et Morgane se promenaient à Séné.

    Le vent soufflait sur le visage pâle et souriant de Yann. Yann a dix ans, ses cheveux courts bruns ressortaient sous sa casquette bleue. Il portait des lunettes ovales. Il est vêtu d’un blouson blanc et d’un pantalon bleu.

    Morgane était habillée avec un manteau rouge et un jean bleu. Elle a neuf ans Ses cheveux bouclés blonds dépassaient de son chapeau gris. Ses lèvres étaient gercées par le froid. Elle rit en découvrant son appareil dentaire lorsque Yann glissa sur le chemin boueux et faillit tomber dans la vase.

    Ils arrivèrent sur le Pont Lisse. Ce pont mène de la rue des Ecoles dans le bourg de Séné à la presqu’île de Langle et à la route de Gornevèze. Tout autour, il y a des marais, des étendues d’eau qui serpentent entre les herbes grasses.

    Ils marchaient sur le pont Lisse lorsqu’ils virent un vieux vélo dans l’eau. Il était plein de mazout. Ils aperçurent un objet attaché au cadre du vélo. Morgane alla le chercher, c’était une gourde. Elle l’ouvrit et trouva un message.
Morgane lut à haute voix :

 Chers amis,
Tonton m’a informé qu’il y a des objets magiques. Si vous les trouvez, vous pourrez éviter une catastrophe. Il s’agit d’une flûte et d’un coquillage… "

    Yann continua la lettre :

Comment utiliser les objets magiques :
- Pour jouer de la flûte, choisissez un air que vous aimez bien et jouez le cinq fois.
-Pour faire fonctionner le coquillage, soufflez dedans et jouez le même air qu’avec la flûte.
Mais attention, il faut que les instruments jouent en même temps pour que ça marche.
Les objets se trouvent près du Pont Lisse. "

    Les enfants regardèrent autour d’eux.
- Hé ! Regarde, il y a une lueur dans l’eau, dit Morgane.
- Je vais voir, dit Yann. Houa ! Ce sont les objets : une flûte et un coquillage. Hé! Morgane, c’est bien toi qui suis des cours de flûte.
- Mais tu vas avoir du mal à jouer le même air que moi !
- Bah ! Je vais essayer. On y va.
- Do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.
- Do, si, la, sol, fa, mi, ré, do.
- Mais il ne se passe rien !
- Brrr ! Il fait froid tout d’un coup.
- Il va commencer à pleuvoir, il faut mieux rentrer dit Morgane.

    Ils reprirent le chemin qui les ramenait chez eux.
- On devrait être déjà à la maison !
- C’est pas normal, où sommes-nous ?
- Regarde on dirait une ville !
- Yann et Morgane se retrouvèrent devant un panneau indicateur.
- Ca, alors ! DUNKERQUE, mais qu’est-ce que l’on fait là ! Dit Morgane.
- A l’école, j’ai appris que Dunkerque est une grande ville du nord de la France, et qu’il y a un très grand port où arrivent d’immenses bateaux.
- Regarde tous ces entrepôts et tous ces réservoirs de pétrole, dit Morgane.

    Ils continuèrent et arrivèrent sur les quais du port.
- Oh ! Quel énorme bateau ! s’exclama Yann.
- Mais c’est l’Erika, ce grand pétrolier qui a coulé.
- Comment se fait-il qu’il soit là ?
- Je comprends, ce sont les objets magiques, ils nous ont fait revenir dans le passé de deux semaines. 

    On doit éviter la catastrophe causée par ce pétrolier.
- Viens, on va faire un tour pour voir s’il est en état de naviguer.
- Tiens regarde, il y a un trou.
- On va le dire au capitaine du bateau.

    Ils prirent la passerelle pour monter à bord et demandèrent à voir le capitaine.
- Capitaine, où va le bateau ? dit Yann.
- Nous allons à Livourne, en Italie.
- Pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce bateau demanda Morgane.

    Il a été lancé aux chantiers japonais Kasado –docks LTD en 1975 et il a changé plusieurs fois de nom et d’armateur, huit fois au total. Lors de sa mise à l’eau il s’appelait Shinsei-Maru, en 1977 Glory Océan, en 1984 Intermar Prosperity, en 1985, South Energy, en 1990 Jarhe Energy, en 1994 Printe Noble, en 1996 Nobless et enfin actuellement Erika.
- Est-ce vous qui avez commandé l’Erika pendant toutes ces années ? Dit Yann.
- Oui, c’est moi, mais ça n’a pas été facile tous les jours.
- Capitaine, nous avons vu un trou dans la coque à bâbord.
- Oui, les enfants, on verra, maintenant sauvez-vous, il est l’heure de nous préparer à partir.
- Mais vous ne pouvez pas partir comme cela, vous risquez de couler dit Morgane.
- Nous allons vérifier dit le capitaine.

    Yann et Morgane quittèrent le bateau en espérant que le capitaine les prendra au sérieux.
- Ce ne sont que des enfants, ils aiment bien faire des blagues dit le capitaine au second.

    Une fois sur le quai, Yann et Morgane rentrèrent dans un bar. Ils s’installèrent à une table et demandèrent un jus d’orange et un coca.
- Oh ! Regardez, l’Erika largue les amarres dit la serveuse.

     Morgane claqua son verre sur la table et Yann recracha ce qu’il avait bu en disant :
- Ce satané capitaine ne nous a pas écoutés.

     Ils virent les amarres remonter à bord et des remous à l’arrière du bateau, ce qui voulait dire que l’Erika partait en mer. Des remorqueurs s’apprêtaient à le piloter jusqu’à la sortie du port.
- Vite essayons de retourner dans le présent pour trouver une solution.

    Pour retourner dans le présent, ils jouèrent l’air à l’envers.
- Beurk ! On est tombé en plein dans la vase des marais du Pont-Lisse.

    Ils retournèrent chez eux. Leur mère les attendait, inquiète :
- Où étiez-vous ? Il est très tard !
- Euh ! On jouait près du Pont-Lisse.
- J’ai entendu à la radio qu’un pétrolier a coulé au large de Belle-Île.
- Comment s’appelle-t-il ?
- Je crois que c’est l’Erika.
- L’Erika ! Oh non ! On les avait pourtant bien prévenus.
- Ils n’ont pas rebouché le trou.
- Hein ! De quoi parlez-vous les enfants ?
- Euh... de rien !

    Leur mère se mit en colère :
- Arrêtez de plaisanter avec des choses aussi graves, 22 ans après le désastre de l’Amoco Cadiz, cela recommence. Cette marée noire n’aurait pas dû arriver. C’est tout de même incroyable qu’un bateau puisse se casser rien qu’avec une vague. Il devait être trop vieux! Est-ce qu’il avait été contrôlé ? C’est dégoûtant ce cadeau de Noël à l’aube de l’an 2000. Moi ça me met en colère. C’est une catastrophe que l’on mettra des années à nettoyer. La marée noire détruit la nature, les rochers, les oiseaux, tout est plein de pétrole...

    Le soir, toute la famille regarda les informations à la télévision. Le lendemain les enfants consultèrent le journal local :

    " Le pétrolier Erika, battant pavillon maltais et affrété par TotalFina est parti de Dunkerque, a emprunté le rail d’Ouessant et se dirigeait vers la côte sud de la Bretagne lorsqu’il s’est brisé en deux à 70 km au sud de Penmarc’h (Finistère) avec 37000 tonnes de fioul lourd dans ses cuves. Les 26 marins indiens sont récupérés vivants. Le plan Polmar-mer est déclenché... "

- Il faut faire quelque chose avant que tout ce pétrole se déverse sur les côtes et arrive chez nous 
- Oui, mais quoi ?
- Retournons au Pont-Lisse voir ce vélo, il peut peut-être nous aider à trouver une solution.

        Ils ressortirent le vélo des marais. Morgane prit les roues et Yann le cadre. C’était difficile, Yann lâcha un côté du guidon.
- Regarde ce papier qui est tombé dans la vase.
- On dirait un plan, je crois. Mais il est tout sale maintenant.
- Ce n’est pas grave, on va le nettoyer.
- Regarde, on dirait un " Vélo-aspirateur ".
 - A quoi ça va servir ?
- Au-dessus c’est marqué " machine à nettoyer le pétrole ".
- C’est le plan pour la construire. Il faut prendre le vélo et rajouter un tuyau, et quand on pédale, ça aspire.
- Où pourrait-on trouver un tuyau ?
- Sûrement dans le garage de papa.

    Ils rapportèrent le vélo et ses roues chez eux et cachèrent le tout discrètement dans le fond du jardin.

    Le lendemain, de bonne heure, alors que leurs parents venaient de partir travailler ils allèrent récupérer le vélo et se mirent au travail dans le garage.
- Yann, va chercher le marteau, la visseuse, les tournevis, et la perceuse.
- On a tout. Bon, on peut commencer.

    Ils firent des trous dans les plaques pour placer les clous et les vis, ils placèrent le tuyau et remirent les roues.
- Houa ! On dirait un énorme aspirateur sur roues !
- Allons l’essayer tout de suite.

    Yann et Morgane pédalèrent sur leur vélo aspirateur jusqu’à la plage. Yann appuya sur le bouton bleu. Le tuyau commença à bouger.
- Yann prend le tuyau.
- Hourra, ça marche !
- On va pouvoir débarrasser la côte de cet affreux pétrole.

    Et c’est ainsi que les deux enfants trouvèrent la solution pour nettoyer les plages de Séné.

Coraline, Vincent, Jérémie, Wéronika


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