PORT ANNA


    Ce jour là, Yann et Morgane allèrent pêcher sur la cale de Port Anna. Yann avait pris les cannes à pêche et Morgane les hameçons.

    Ils portaient tous deux une veste de ciré Cotten bleu marine. Les cheveux châtains de Yann dépassaient de son bonnet bleu. Morgane avait une casquette kaki d’où ressortaient ses mèches blondes. Ils marchaient lorsque Yann vit entre deux rochers un sabot recouvert de toile. Comme Yann et Morgane ont appris en histoire la vie à Séné au XIXe siècle, ils reconnurent un sabot botte que portaient les pêcheurs. Ils regardèrent dedans et virent une lettre. Elle était datée du 31 avril 1873. Ils essayèrent de la lire.

" Celui ou celle qui trouve cette lettre peut dire que c’est une trouvaille exceptionnelle. Vous devrez aller sur un sinagot trouver deux objets : une flûte et un coquillage. Les deux objets se trouvent dans l’autre sabot botte qui se trouve dans le bi du sinagot. Vous devrez jouer un petit air connu. Pour que ça marche, vous devrez jouer des deux instruments ensemble et il se passera quelque chose d’extraordinaire… "

- Mais où est ce mystérieux sinagot ? demanda Yann.
- Regarde, il y en a un de mouillé en face ! s'exclama Morgane.
- On va prendre une annexe pour y aller dit Yann.

    Une fois arrivés dans le sinagot, ils se dirigèrent vers le bi, l’ouvrirent et cherchèrent le fameux sabot-botte.
- Il n’y a rien dit Morgane.
- Regardons sous la chaîne du mouillage, suggéra Yann.

    Ils déplacèrent la chaîne et trouvèrent derrière le fameux sabot-botte. A l’intérieur ils découvrirent la fameuse flûte et le coquillage. Ils retournèrent dans l’annexe et avant de partir essayèrent les instruments :
- Yann prend la flûte, puisque tu prends des cours.

    Yann relut la lettre et joua : " Au clair de la lune… ", puis Morgane souffla dans le coquillage.
- Il ne se passe rien dit Yann.
- Il faut jouer en même temps proposa Morgane.

    Ils recommencèrent et virent une lueur brillante autour d’eux.
- Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Yann.
- C’est bizarre, nos habits se sont transformés.
- Regarde tous ces bateaux autour de nous, ce sont des sinagots anciens aux voiles rectangulaires rouges et à la coque noire. Eh ! Notre annexe est amarrée au sinagot.
- Oh là ! Les enfants que faites-vous là ? cria un homme à bord du sinagot.
- Vous tombez bien, montez à bord et venez m’aider.

    Le patron manœuvrait seul son bateau.
- Mon mousse est malade dit-il, vous allez le remplacer.

    Il portait un large béret, une vareuse et une chemise épaisse. Son pantalon de toile avait des renforts aux genoux pour éviter l’usure. Il mesurait près d’un mètre soixante-dix. Il avait les cheveux blancs et les yeux marron. Son regard était sévère. Il portait une moustache courte et une barbichette. Sa peau ridée était tannée par le vent et les embruns. Ce qui étonna les enfants, c’est qu’il avait soixante cinq ans. Il semblait beaucoup plus âgé.
- Qu’est-ce que l’on doit faire ? demanda Yann.
- Euh ! ! !
- Bon, aujourd’hui, c’est le jour d’ouverture de la drague des huîtres. Nous faisons partie de la série rouge, celle des sinagots. Il y a quatre séries : deux à la voile de chacune 80 bateaux et deux à l’aviron de chacune 170 embarcations.
- Quel jour sommes-nous demanda Morgane ?
- Mais vous ne savez donc rien dit le marin, nous sommes le 10 mars 1885.
- Allez aidez-moi à hisser les voiles : la misaine et le taillevent.
- Je remonte la chaîne du mouillage et on part, direction le Grand Banc.

     Lorsqu’ils arrivèrent de nombreux sinagots étaient déjà sur place. Ils attendaient le signal du départ de la drague des huîtres qui était donné par les gardes maritimes. Le pavillon hissé sur leur bateau indiquait le début de la pêche. Tous les bateaux mirent alors leur drague à huîtres à l’eau.
- Il y avait de nombreuses femmes à bord des autres sinagots.
- Que font ces femmes ? demanda Morgane.
- Les sinagotes ont l’habitude de pêcher avec leur mari ou leur père ou frère.
- Mais où est votre femme ? dit Yann.
- Elle est avec notre fils sur un autre sinagot.

    Ils draguèrent pendant une heure, le bateau tirait la drague sous voile, les enfants tenaient la barre droite pendant que le patron relevait la drague pleine d’huîtres. Elle était très lourde, c’était très fatigant.
    Le pavillon s’abaissa et donna le signal de la fin de la pêche.

Le patron ramena son bateau à Port-Anna. Ils débarquèrent la pêche et une fois à terre, les enfants se demandèrent comment rentrer chez eux.
- Retournons dans l’annexe dit Yann.

    Ils reprirent l’annexe, l’amarrèrent au sinagot et jouèrent tous deux des instruments, mais à l’envers.   
Une lueur les entoura et ils se retrouvèrent allongés dans la petite annexe qui était amarré au sinagot.
- Qu’est-ce qui nous est arrivé ? s’interrogea Yann.
- Eh ! Les enfants vous dormez ? fit un pêcheur qui passait à côté d’eux à bord d’une plate.
- Avons-nous rêvé ? dit Morgane.

Kilian, Pierre, Thomas et Antoine

 


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