LE PÊCHEUR

Un chalutier-usine

Du temps de mon père, vivait un petit garçon qui s’appelait Yann et habitait Lorient.

Yann avait 14 ans, il était plutôt grand. Ses yeux verts scintillaient dans son visage ovale. Il avait un front lisse, un petit nez et un menton fort.

La maison de Yann était grande avec six pièces : la cuisine, la salle à manger, la salle de bain, sa chambre, celle de ses parents et celle de sa soeur Béatrice.

Son père était charpentier dans un chantier naval et sa mère travaillait chez un ostréiculteur de la rivière d’Etel.

Depuis longtemps son rêve était de partir pour la grande pêche à bord d’un chalutier-usine.

Il avait suivi les cours de l’école de pêche d’Etel.

 

Il venait d’être recruté pour une campagne sur le Pêcheur, un chalutier-usine de 90 mètres qui était tout neuf et venait de sortir du chantier. C’était le premier embarquement de Yann et il était très impatient de partir.

Le 11 février 1979, le Pêcheur partit pour son premier voyage. L’équipage était prêt, chaque homme à son poste.

L’équipage se composait d’un capitaine, d’un second, de deux lieutenants, d’un chef mécanicien, de deux mécaniciens, de deux graisseurs, d’un bosco, d’un chef d’usine, de cinq ouvriers d’usine, de cinq ramendeurs, d’un cuisinier, d’un aide de cuisine, d’un boulanger, d’un maître d’hôtel d’un postal de douze matelots et de six novices. Yann était novice.

Le capitaine ordonna la manoeuvre.

Le capitaine avait l’air sévère mais brave avec un corps tout en muscles, droit comme un i. Il était barbu et cachait qu’il était chauve sous sa casquette. Il avait au moins trente ans et son visage portait quelques rides.

 

 

 

Une fois le bateau sorti du port de Lorient, Yann regagna sa cabine qu’il partageait avec John un garçon fort aux yeux bleus avec des oreilles décollées et un nez pointu. Il y avait deux couchettes superposées et juste à côté une table en bois et au-dessus deux hublots avec des rideaux beiges. Accroché au mur il y avait un conteneur rempli de deux gilets de sauvetage.

Puis ce fut l’heure du repas. Dans le réfectoire il y avait six tables fixées au sol avec des porte-bouteilles accrochés en-dessous de chaque table. Yann s’assit sur un des deux bancs. Il regarda l’heure à la pendule qui était fixée au mur. Déjà 20 heures, pensa-t-il. Ce soir là le repas fut apporté par le cuissot. Au menu : de la soupe de poisson, de la langue de boeuf avec des pommes de terre, de la salade, du camembert, et en dessert de la glace à la vanille.

 

Yann monta à la passerelle. En traversée, deux radars sur trois tournent et l’homme de quart fait les cents pas entre les vitres, les instruments et la table à cartes.

L’homme de quart avait des yeux scintillants sous de gros sourcils qui lui donnaient un regard sévère. Ses joues étaient couvertes de taches de rousseur. Il avait un petit nez aplati avec une bouche souriante et un menton arrondi. Cet homme assez charpenté avait une poitrine rectangulaire et des hanches étroites. Il avait de grands pieds au bout de jambes droites comme un bâton.

Yann regarda sur la carte de l’Atlantique Nord, le trajet qu’ils allaient faire pour aller pêcher sur les bancs de Terre Neuve.

Pendant les vingt jours de traversée Yann aida les ramendeurs : il fut occupé à renforcer les culs de chaluts en fixant des tabliers et en les garnissant de peaux de vache. Il y avait quatre chaluts à bord.

 

Voilà bientôt trois semaines que le Pêcheur était parti. Les jours passaient, le bateau n’était plus très loin de son lieu de pêche près de Terre Neuve. Il faisait froid et tout le monde s’habillait chaudement. Yann avait mis un pantalon noir, un tee-shirt rayé bleu et blanc, une chemise, deux pulls et un ciré jaune, des bottes en caoutchouc avec des chaussettes en laine dedans et un bonnet rouge.

 

Enfin on arriva sur les lieux de pêche. Yann faisait partie du quart à la manœuvre de pont. Le chalut fut traîné pendant cinq heures, puis on le remonta. La manœuvre d’un chalut de grand fond était longue et difficile. Yann devait être prudent car il y avait du verglas sur le pont et il risquait de glisser à chaque instant. Il faisait froid, le bateau roulait et tanguait.

Le bosco surveillait l’opération. Il mesurait 1m80. Il avait des yeux bleus, les cheveux très courts, le nez pointu, la bouche mince et les oreilles décollées. Ses épaules étaient carrées, ses bras longs et ses jambes aussi. Habituellement il fumait la pipe, sauf dans les manœuvres délicates.

" - Attention au câble cria l’un des marins ! "

Trop tard, le câble avait lâché. Un des matelots fut gravement blessé.

Aussitôt on lança un appel par radio aux bateaux qui se trouvaient à proximité pour savoir s’il y avait un médecin sur l’un d’entre eux.

Un bateau répondit et s’approcha bientôt du Pêcheur. La manœuvre fut difficile. Il fallait que les deux bateaux se mettent à couple alors qu’il y avait de grosses vagues. Le médecin monta enfin à bord et examina le blessé. Le matelot avait une fracture à la jambe et une fracture ouverte au bras. Il fallait l’hospitaliser d’urgence. Le médecin appela les secours à Terre Neuve qui envoyèrent rapidement un hélicoptère. Le blessé, sanglé sur une civière fut hissé à bord de l’hélicoptère.

 

Le bosco ordonna de réparer le cable. Au bout de deux heures de travail, le matériel était à nouveau en état de fonctionner.

Puis la pêche reprit et la vie à bord continua son cours normal.

Une fois sorti du chalut le poisson était largué dans une grande trappe pour aller dans l’usine. Là les ouvriers coupaient la queue et la tête des poissons, puis enlevaient la peau et les congelaient. Certains poissons étaient conservés dans le sel dans la cale.

 

Tout à coup le bateau s’agita, la mer grossissait, une tempête venait droit sur eux. Le pêcheur partit en fuite vers le nord, et s’abrita dans une baie du Groenland. Au petit matin, quand les marins fatigués d’une aussi longue tempête se levèrent, ils s’aperçurent que le Pêcheur était pris dans la glace. Il avait fait très froid dans la nuit, le vent s’était calmé, mais la mer avait gelé.

Il fallait s’organiser pour survivre pendant l’hiver polaire.

Ils chassèrent. Un jour Yann aperçut sur la neige un objet qui brillait. Il le ramassa. C’était une statuette qui représentait un marin habillé comme sous l’Ancien Régime.

Il la cacha dans sa poche.

Enfin, l’hiver se terminait et la banquise commençait à fondre. Le Pêcheur allait bientôt pouvoir repartir.

Pour sortir de la baie la manœuvre fut difficile.

Une fois sortis de la baie, ils traversèrent l’Atlantique et revinrent sans problème à Lorient.

 

Yann était très content de rentrer chez lui après tous ces longs mois coincés dans la glace. Il embrassa sa mère très fort. Ses parents avaient été très inquiets.

 

Le lendemain Yann alla porter la statuette au Musée de la Compagnie des Indes.

 

Le conservateur du Musée1 fut très étonné : comment une statuette en ivoire de défense d’éléphant représentant un marin habillé comme sous l’Ancien Régime avait-elle pu se trouver dans le Grand Nord ?

Il lut sous la statuette une inscription " Soleil d’Orient ". C’était un des premiers bateaux de la Compagnie des Indes.

Ce vaisseau était-il allé au Groenland ? Qui avait fait cette statuette ? Qui avait écrit ce nom ? Pourquoi ? Pour percer ce mystère fallait-il faire appel à de nombreux chercheurs : archéologues, historiens, ethnologues... ou plutôt à quelques élèves inspirés par des conteurs ?

 

 


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1 Tous les personnages de ces histoires sont complètement fictifs