LE ROGUEDAS

Un Sinagot ou chaloupe de Séné

Il y a longtemps du temps du père de mon arrière grand-père vivait un petit garçon appelé Yann.

Il habitait à Moustérian, sur la presqu’île de Séné dans une petite maison en pierre de granit. Le toit était en chaume, la porte était petite, en bois.

Sa mère s’occupait de cultiver un petit potager et d’élever une vache et des lapins.

Son père était pêcheur et possédait un Sinagot : le Cormoran.

Yann avait douze ans et allait maintenant embarquer sur un Sinagot pour apprendre le métier.

Pour son premier jour, il avait un peu peur. Il s’était levé très tôt le matin et s’était habillé chaudement. Il avait enfilé un pantalon de toile, une chemise épaisse et un pull que sa maman lui avait tricoté. Puis il avait avalé ses tartines beurrées et un café au lait.

 

Il enfila sa vareuse, couvrit sa tête d’un large béret bleu marine et se chaussa de sabots-bottes. Il prit son sac qui contenait son repas : un morceau de pain et une tranche de fromage.

Il embrassa sa maman et sortit. Dehors il faisait froid, les nuages cachaient le soleil. Il y avait beaucoup de vent.

Le " Roguedas " était amarré dans la baie de Moustérian. Yann sentait le sable sous ses sabots-bottes. La mer était grise. Yann entendit le vent siffler dans ses oreilles. Les bateaux au mouillage tanguaient sur les rouleaux.

Il monta à bord du Roguedas et mit son sac à l’abri dans le " bi ". Puis il entendit crier : " Levez l’ancre ! ".

 

Le patron avait l’air sévère. Il était grand et bien charpenté. Ses yeux étaient brillants, son nez gros et épais, ses lèvres grasses. Son visage était ridé et hâlé.

Le vieux matelot avait le regard brave, la tête carrée, les cheveux hirsutes, les sourcils touffus, le nez aplati et les lèvres épaisses.

Ce jour là, le 10 mars 1885, était un jour exceptionnel. C’était le premier jour de la drague des huîtres. Tous les marins de Séné, mais aussi des paysans, des artisans venaient donner un coup de main et il y avait aussi beaucoup de femmes à bord. 500 bateaux participaient cette année là : 440 à la voile et 80 à l’aviron répartis en quatre séries : verte, jaune, bleue et rouge. Quel monde sur l’eau !

Comme chaque année ils allaient draguer les bancs d’huîtres sauvages qui existaient nombreux dans le golfe. Ce jour là ils étaient sur le banc de Bernon.

Aujourd’hui ils avaient le droit de draguer pendant une heure. Yann attendait avec impatience le signal de départ donné depuis le bateau des gardes maritimes.

Enfin cela commença.

Yann pensait " Enfin ma première pêche, j’attendais ça depuis longtemps. "

La voix du patron le sortit de ses pensées :

" - Allez vite mettez la drague à l’eau ! "

Yann et le matelot obéirent aussitôt. Quand ils la relevèrent elle était tellement lourde que Yann faillit passer par-dessus bord.

 

Ils renversèrent son contenu dans les fonds puis remirent aussitôt en pêche. Pendant que le patron barrait, évitant les autres bateaux, le matelot réglait les voiles et surveillait la drague pendant que Yann devait commencer à trier les huîtres et rejeter les algues par-dessus bord. Soudain il vit une statuette parmi les huîtres. Elle était en ivoire et représentait un marin.

Yann la mit dans sa poche sans la montrer aux autres. Une fois rentré chez lui Yann montra la statuette à ses parents.

"  - Où l’as-tu trouvée ? dit son père.

- A la pêche en relevant la drague, répondit Yann.

- Elle est belle et elle semble ancienne remarqua sa mère.

- As-tu vu une inscription dessus ? demanda son père.

- Non, fit Yann.

Il remit la statuette dans sa poche et aida sa mère à préparer le repas composé de légumes du potager, d’œufs et de pommes du verger.

Yann alla se coucher tôt car il était bien fatigué et le lendemain il recommençait la drague des huîtres et ceci pendant vingt jours.

Quand la drague des huîtres fut terminée, ils allèrent pêcher la chevrette, sur les herbiers, là où le poisson dépose ses oeufs. Au bout d’un moment la drague se prit dans un récif et d’un coup l’arrière du bateau s’arracha. L’équipage fut projeté hors du bateau. Yann réussit à s’accrocher au gouvernail. Il dériva jusqu’à l’île d’Ilur. Il vit une jeune fille et lui demanda : 

" - Comment t’appelles-tu ?

- Marianne, répondit-elle.

- Moi, c’est Yann. Nous avons fait naufrage avec le Roguedas, et toi que fais-tu ici ?

- J’habite ici seule sur l’île dans une pauvre chaumière. J’ai perdu mes parents il y a quelques années.

- Comment fais-tu pour vivre ?

- Je mange quelques légumes de mon jardin et pêche des poissons.

La nuit tombait Yann se réfugia dans la chaumière de Marianne.

Au petit matin, Yann alla sur la plage. Il vit un bateau qui s’approchait. C’était le Cormoran. Il serra son père dans ses bras.

" - Comment m’as-tu trouvé ?

- Le patron du Roguedas est parti chercher du secours dans son annexe. Nous l’avons repêché et il nous a indiqué vers quelle direction tu as dérivé.

- Il y a une petite fille sur Ilur, peut-elle venir avec nous ?

- Bien sûr !

Yann alla chercher Marianne.

- Qu’y-a-t-il ?

- Mon père m’a retrouvé et il veut bien te garder.

- Merci cria Marianne en sautant de joie.

Ils rentrèrent à Moustérian tous très contents.

Une fois dans sa maison, Yann s’aperçut qu’il avait toujours la statuette dans sa poche. Il la montra à Marianne et la mit dans un coffre en chêne, teinté en rouge avec du sang de bœuf. Il ferma la serrure en fer.

 


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