LE SAMARQUARON

Un sous-marin de la base de Lorient

Il y a longtemps du temps de mon grand-père, vivait un jeune homme qui s’appelait Yann.

Il avait 19 ans, les cheveux dorés comme le soleil, les yeux de la couleur de la mer, une tête ronde avec des taches de rousseur. Il portait des lunettes ovales entourées de métal noir. Il mesurait 1m85.

Ses parents étaient fermiers, Yann vivait avec eux dans une petite maison. Le toit était en chaume, les murs en pierre, la porte en bois et les vitres des fenêtres étaient sales.

Un jour il alla chercher le courrier et trouva une lettre le concernant. C’était une convocation pour embarquer sur un sous-marin : le Samarquaron.

Yann prépara son sac. Il mit quelques vêtements et son couteau. Dès qu’il eut fini, il alla voir ses parents. Sa mère lui dit :

" - Tiens, voilà une photo de famille pour que tu ne nous oublies pas et la bague de ta grand-mère.

- Attache-la à ta chaîne pour ne pas la perdre dit le père.

- Merci papa, merci maman, répondit Yann un peu triste.

- Ton arrière grand-père m’avait donné son porte-bonheur avant de mourir, maintenant il est à toi, dit sa mère.

Il prit le porte-bonheur. C’était une statuette en ivoire qui devait être très vieille. Yann la trouvait très jolie. Elle représentait un petit marin. Yann la cacha tout de suite au fond de son sac.

Yann entra dans la base sous-marine et vit le Samarquaron. C’était un grand sous-marin de 70 mètres et qui pesait 20 tonnes. Il était tout en métal gris. Il pouvait aller jusqu’à 17 noeuds. Yann prit son costume de marin qui était le même que sur les autres bateaux de la marine, sauf qu’il pouvait le porter avec moins de rigueur.

Puis il entra dans le sous-marin. A ce moment il fut saisi par une angoisse soudaine. C’était tout petit et il se sentait tellement à l’étroit qu’il avait l’impression d’être prisonnier. Il n’était jamais allé dans un sous-marin et n’avait pas du tout imaginé que c’était comme ça.

Il y avait plein de machines partout. Il y avait un grand couloir avec des dizaines de couchettes superposées. Il y avait un four, un réfrigérateur et un placard avec des boites de conserve.

Il vit tous les sous-mariniers : le cuisinier, les mécaniciens, les matelots et le commandant. Heureusement dès qu’il leur parla, il oublia sa première impression.

Avant de pouvoir naviguer dans un sous-marin, il fallait apprendre à sortir en cas de naufrage. Il alla donc s’entraîner à la Tour Davis. Elle était située dans un immense blockhaus de quatre étages construit par les Allemands en 1942, alors qu’ils occupaient Lorient. C’était un simulateur inventé par Henry Davis, un anglais. Il servait pour l’entraînement des sous-mariniers qui apprenaient à sortir en cas de naufrage. Yann enfila la combinaison remplie d’air qui l’aiderait à remonter. Il entra par une porte ronde dans le simulateur qui ressemblait à une sorte de caisson rond et haut comme une tour. A l’intérieur il attendit que l’eau arrive et que le simulateur se remplisse et remonta à la surface.

Il s’entraîna plusieurs fois avant d’avoir le droit d’embarquer. Enfin, le grand jour était arrivé, il pouvait partir pour une expédition vers le grand Nord.

Yann embarqua à bord du sous-marin : Le Samarquaron. Tout à coup il bougea. Les matelots larguèrent les aussières qui retenaient le sous-marin à quai et deux remorqueurs l’aidèrent à quitter le port de Lorient.

Ils arrivèrent dans la rade de Lorient, ils passèrent l’île Saint-Michel, puis doublèrent la citadelle de Port Louis. Ses grands murs de pierre impressionnaient Yann.

Les remorqueurs laissèrent le Samarquaron seul à la sortie de la passe.

Le bateau mis le cap sur le nord de l’île de Groix et navigua à flot jusqu’à dépasser l’île. Une fois la pointe nord passée, les fonds devinrent beaucoup plus profond et le Samarquaron commença sa manœuvre de plongée.

Yann avait un peu peur, il se sentait serré par l’angoisse et avait mal au ventre. Le Samarquaron pencha vers l’avant en entamant sa descente vers les grands fonds. Une petite lumière rouge était allumée comme dans la Tour Davis.

Il y avait beaucoup de pression, de plus en plus. La coque épaisse du sous-marin était comprimée. Puis le Samarquaron trouva son équilibre, il glissait au fond de la mer.

Yann regardait le marin qui était à la barre. Il était blond avec des taches de rousseur. Ses lèvres minces cachaient ses dents jaunes. Son corps était musclé.

L’homme lui expliqua :

" Tu vois pour avancer il faut pousser la manette grise et pour s’arrêter il faut la mettre comme ceci. As-tu compris ?

- Oui dit Yann, est-ce que je peux essayer ? "

- Bien sûr dit le marin.

La vie à bord était très dure. Les marins avaient très peu d’objets personnels. Ils se partageaient deux couchettes pour trois hommes puisqu’il y en avait toujours un de quart. Il n’y avait qu’un seul lavabo dont il ne fallait se servir que le jeudi et deux WC, un à l’arrière et un à l’avant, qui étaient très compliqués d’utilisation et qu’il fallait vider régulièrement.

Le premier soir, Yann eut du mal à s’endormir. Il occupait la couchette au-dessus de celle de Pierre qui était aussitôt devenu son ami. Pierre avait les cheveux roux, les yeux marron, les joues roses. Il était très fort.

Les couchettes avaient des barrières, quand Yann bougea la sienne, elle grinça.

" Arrête ce bruit ! " dit un marin.

Yann n’avait emporté que quelques objets personnels dont une photo de famille, la statuette en ivoire qu’il avait retirée de son sac et mise au fond de sa poche pour se donner du courage et la bague de sa grand-mère qu’il portait autour de son cou.

C’était l’heure du repas.

" A table ! " dit le cuisinier. Ils mangèrent du poisson avec des légumes verts. Yann aimait beaucoup le poisson. Il apprécia le pain, car il savait que bientôt il n’y aurait plus de pain frais à bord, mais seulement des biscuits de mer sans beaucoup de goût.

Le cuisinier avait les yeux bleus et les cheveux noirs, le nez crochu, des grosses lèvres recouvertes d’une épaisse moustache et des oreilles pointues. Il était ridé et tout maigre.

Au bout d’une longue traversée ils atteignirent le Grand Nord.

Arrivés au Groenland, la banquise se fit de plus en plus compacte. Ils arrivèrent dans une baie bien abritée du vent glacial qui soufflait.

Ce jour là les matelots purent descendre sur la banquise, car il y avait quelques scientifiques à bord qui voulaient aller chercher de la glace. Yann accompagna l’un d’entre eux nommé Jules.

" - Peux-tu m’aider à découper ce bloc de glace ? demanda-t-il.

- Bien sûr répondit Yann. "

Ils réussirent à découper un gros bloc qu’ils mirent dans une caisse. A peine avaient-ils fini qu’ils entendirent le rappel, il fallait rentrer à bord. Une fois dans le sous-marin, Yann s’aperçut qu’il avait un trou dans sa poche et qu’il avait perdu sa statuette sur la banquise. Il était trop tard pour retourner la chercher, déjà le sous-marin avait démarré.

Ils repartirent vers le sud puis traversèrent l’Atlantique d’ouest en est. Ils arrivèrent en vue des côtes de France près du nord de l’île de Groix. Le commandant donna l’ordre de commencer la remontée.

Un des matelots surveillait le radar.

" Ce n’est pas normal dit le matelot, j’aperçois quelque chose, mais je ne sais pas.

ce que c’est.

Commandant, dit l’homme de barre, venez voir !

Le commandant regarda dans le télescope :

- Vite, barre à tribord, c’est une mine !

Trop tard, l’explosion fut si forte qu’elle fit un trou dans la coque. L’eau commençait à entrer dans le sous-marin. Tout le monde se précipita vers l’endroit où se trouvaient les combinaisons et les cagoules. Yann enfila son équipement alors que l’eau montait et lui arrivait maintenant à la taille. Il se faufila par le sas de sortie en se souvenant de ce qu’il avait appris dans la Tour Davis. Il réussit ainsi à remonter à la surface, mais épuisé, il s’évanouit.

 Quand il se réveilla il était allongé sur une plage. une jolie fille lui souriait. Elle avait des yeux bleus et bridés, et une bouche fine.

"  - Où suis-je ? demanda Yann.

- Sur l’île de Groix, répondit la jeune fille. Elle continua : est-ce que tu vas bien, je m’appelle Marianne et toi ?

- Moi, c’est Yann.

- Comment es-tu arrivé ici ?

- J’étais à bord du Samarquaron, un sous-main qui vient de couler.

-Viens avec moi, tu vas pouvoir reprendre des forces chez moi, proposa Marianne. "

Elle habitait une petite maison tout près de la plage. Yann pu se réchauffer et se changer avec les vêtements du frère de Marianne. Elle lui demanda :

" - As-tu faim ?

- Oh oui ! répondit Yann.

Elle lui donna du pain et un oeuf.

Yann resta quelques jours chez la famille de la jeune fille en attendant son rétablissement. Le père de Marianne, qui était pêcheur raccompagna Yann à Lorient avec son bateau. Il dit au revoir et merci en promettant de revenir bientôt voir Marianne et sa famille.

 

Yann se demandait si ses compagnons avaient survécu. Il se précipita à la base sous-marine pour avoir des nouvelles. Son ami Pierre était le seul survivant. Yann était très triste en pensant à tous ses compagnons qui étaient disparus en mer.

 

Il rentra chez ses parents qui étaient très inquiets et pensaient ne jamais le revoir.

Quelle joie de les retrouver ! Il pensa qu’il avait eu beaucoup de chance.

Au repas du soir, il apprécia plus que d’habitude de manger des crevettes avec des tartines de beurre.


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