MIMOSA

Un thonier dundee d’Etel

Il y a longtemps, bien longtemps, du temps du père de mon grand-père, vivait un petit garçon nommé Yann. Il avait les cheveux courts et bruns. Son visage allongé était couvert de taches de rousseur qui faisaient ressortir ses yeux bleus. Son nez parfait et ses lèvres bien dessinées lui donnait une allure gracieuse.

Ses parents étaient pauvres. Sa mère travaillait dans une conserverie de sardines. Son père était patron sur un thonier dundee.

 

Il habitait une petite chaumière à Pont Lorois. Elle avait un toit en chaume, des murs irréguliers en pierre de granite, deux petites fenêtres encadraient une porte en bois peinte en bleu. Elle se composait d’une seule pièce avec une grande cheminée. Elle était meublée d’une table et de deux bancs. Le long du mur deux lits clos : un pour les parents et un pour les enfants encadraient une grande armoire.

 

Ce jour là, c’était un grand jour. Yann allait assister au lancement du Mimosa, un thonier dundee appartenant à un ami de son père. Il avait mis ses habits du dimanche.

Il monta dans le char à bancs et s’assit à côté de sa mère. Devant son père guidait les rênes du cheval. Yann chanta pendant tout le trajet entre leur maison de Pont Lorois et le port d’Etel.

Il y avait plein de monde. C’était la fête.

Le patron qui était l'armateur avait appelé son bateau Mimosa parce qu’il avait un splendide mimosa qui illuminait de ses fleurs jaunes son jardin en hiver.

C’était un superbe bateau.

Il avait une magnifique coque noire et blanche et des grandes voiles teintes en rouges.

Il était retenu par des gros morceaux de bois : quatre sur les côtés et deux devant. Deux marins étaient à côté avec chacun un gros maillet pour taper sur ces poteaux. Yann allait assister pour la première fois au lancement d’un thonier dundee. Le patron donna l’ordre du lancement, chaque marin frappa dans les poutres. Le mimosa glissa à une vitesse impressionnante et le bateau plongea dans l’eau avec un grand plouf !

Yann devait partir comme mousse à bord du Mimosa dans quelques semaines.

Le lendemain matin il prépara son sac il mit douze mouchoirs de poche, cinq pantalons, un béret, un tricot en laine, un paletot en drap noir, quatre paires de bas de laine, une casquette et un couteau.

Il dit au revoir à sa mère, puis il partit à pieds en direction du port d’Etel. Il devait marcher pendant plusieurs kilomètres.

Il arriva au port et vit le Mimosa à quai. Il monta à bord. Tout l’équipage était là : le patron, trois matelots, un novice et un mousse. Yann posa son sac sur une couchette et remonta sur le pont pour aider à la manœuvre de départ.

Le patron commença à donner les ordres. Il était d’une vigueur exceptionnelle. Il avait les yeux de la couleur de la mer, le nez aplati, le visage barbu et gros comme un jambon. Sa voix était désagréable avec un fort accent.

Pour sortir de la rivière d’Etel, le Mimosa devait être remorqué par un bateau à vapeur.

" Lancez l’aussière ! "   dit le matelot à bord du remorqueur.

Une fois attaché, le Mimosa largua ses amarres et fut tiré par le vapeur.

Tout le monde était paré à la manoeuvre. Yann se sentait un peu angoissé de partir. Il fut très impressionné par la grand-voile de 73 m2. Tout l’équipage devait être là pour la hisser.

Ils quittèrent le port et suivirent le chenal de la rivière d’Etel. De chaque côté Yann pouvait apercevoir des plages de sable doré. Ils arrivèrent en vue de la barre d’Etel. Yann était de plus en plus angoissé.

"  Cela va être dur " annonça le patron.

La mer était assez agitée.

" C’est parti ! " dit le patron.

Après cinq minutes de secousses, ils avaient enfin passé la barre.

" Eh le mousse, va nous faire du thé pour nous réchauffer ! " ordonna le patron.

Yann descendit l’échelle qui menait à la cale pour chercher ce dont il avait besoin. Quand il poussa la porte de la grande cale, il faisait très sombre. Ses yeux s’habituèrent à l’obscurité et il vit des amas de voiles et de cordages, des barriques, des boites des conserves, des miches empilées, une pagaille d’objets divers et une odeur mêlée de goudron, bois chaud et humide et de vieux poisson.

Il eut du mal à se retrouver parmi tous ces objets. Quelques temps après il remonta avec une énorme bouilloire de thé à la menthe qu’il servit à tout l’équipage.

Après quelques jours de traversée, ils arrivèrent sur les lieux de pêche.

" On y est ! " cria le patron en observant la surface de la mer. Tous les marins se précipitèrent sur le pont.

Le patron ordonna :

" Allez hop ! Les gars, aux tangons ! "

Les tangons étaient de longues perches en sapin, dont l’extrémité, plus flexible était constituée d’une tige de châtaignier. Au bout de chaque tige des lignes d’acier se terminaient par de gros hameçons garnis de leurres.

Yann demanda au capitaine :

" - Est-ce que je mets du crin blanc ou du crin rouge ?

- Plutôt du crin rouge pour le début de la pêche, après tu mettras du crin blanc.

- Aïe ! fit Yann.

Le capitaine sursauta :

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Je viens de me blesser avec l’hameçon, dit Yann d’une voix tremblante.

- Ce n’est rien, au travail dit le capitaine. "

Les tangons furent abaissés pour mettre en pêche. Ils portaient chacun sept lignes identifiées par un nom. Les marins mirent les lignes à l’eau et aussitôt les thons mordirent par dizaine. La pêche était bonne.

Pendant ce temps Yann devait préparer le repas. Les matelots allaient enfin pouvoir manger du poisson frais. Yann commença par éplucher les pommes de terre.

" - Aïe ! fit Yann.

- Qu’y-a-t-il encore ? hurla le patron.

- Je me suis coupé le doigt, fit Yann en pleurant.

- Mets les pommes de terre sur le feu au lieu de pleurnicher. "

Yann obéit.

Après avoir préparé le feu, Yann mit les pommes de terre à cuire puis prit un thon qu’il ouvrit pour le vider. Et quelle ne fut pas sa surprise de voir une statuette en ivoire dans le ventre du thon. Elle représentait un marin. Elle était belle et semblait très ancienne. Yann ne dit rien, cacha la statuette dans sa poche et plaça les tranches de poisson sur les grilles du fourneau. Le repas prêt, il sonna la cloche. La moitié de l’équipage mangea pendant que les autres s’activaient à la pêche, puis se fut le tour de la deuxième bordée.

Les marins, fatigués avaient très faim.

Après le repas Yann fit la vaisselle à grands coups de seaux d’eau de mer.

Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la pêche s’arrêta et que les marins remontèrent les tangons. La pêche dura plusieurs jours. Les thons étaient suspendus sur des barres en bois sur le pont.

Mais un soir le temps se couvrit, le vent se leva et la houle commença à grossir.

"  Rangez les tangons, amarrez les thons. " dit le patron.

Il continua :

" Changez le foc, prenez un ris dans la grand voile. "

 

Le bateau commençait à devenir incontrôlable.

Ils réduisirent la voilure jusqu’à n’avoir plus que la voile de tapecul et un tourmentin à la place du foc. La nuit commençait à tomber, et ils risquaient à tout moment de heurter un des bateaux qui étaient comme eux en pêche dans cette zone.

Les voiles se déchiraient, les mâts commençaient à se fissurer.

Il n’y avait pas d’autre solution que de partir en fuite.

Yann terrifié serra la statuette qu’il avait dans sa poche.

"  - Qu’est-ce que tu caches ? demanda le patron.

- Rien, juste ceci que j’ai trouvé dans un thon, répondit Yann.

- Mais c’est une statuette porte malheur ! " cria le patron qui la jeta par-dessus bord. Deux jours après, la tempête se calma. Trois marins étaient grièvement blessés, mais il n’y avait heureusement pas de mort.

 

Ils rentrèrent au port mais ils avaient perdu toute leur pêche. Ils arrivèrent dans l’entrée de la rivière d’Etel.

De nombreux bateaux étaient perdus en mer.

 

Yann descendit du Mimosa et vit sa mère. Il se précipita vers elle et l’embrassa.

"  - Maman est-ce que Jean-Jacques et papa sont revenus ? 

- Jean-Jacques est venu me voir pour savoir si tu étais arrivé, mais ton père n’est pas encore là. "

 

Yann regarda vers la rivière d’Etel avec anxiété.

A ce moment il vit le thonier de son père qui arrivait. Dès que le bateau fut amarré, il se précipita vers son père et l’embrassa très fort.

 

Ils rentrèrent à la maison et Yann prit un bon chocolat chaud.

Le soir le repas lui parut délicieux.


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